# Itinérance d'urgence entre opérateurs, pas contre une panne de courant

> Une itinérance des numéros d'urgence existe entre opérateurs, mais elle suppose un réseau alimenté. Les seuils de déclaration, et ce qui n'est pas publié.

Source : https://citilience.fr/guides/appels-d-urgence-et-112-ce-qui-reste-joignable/
Publié le 19 septembre 2026
Mis à jour le 19 septembre 2026

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Si le réseau de votre opérateur tombe, votre téléphone peut composer le 112 via le réseau d'un concurrent. Ce mécanisme d'itinérance des numéros d'urgence existe et fonctionne en 2G, 3G et 4G.

Mais il répond à une panne d'opérateur, pas à une panne de zone.

Si aucun réseau n'est alimenté sur le secteur, aucune disposition juridique ne rend l'appel possible. C'est la limite que les communications officielles énoncent rarement aussi clairement.

## Les seuils qui déclenchent une alerte

Le régulateur publie des seuils précis pour les incidents affectant les communications d'urgence.

Sur l'acheminement : un taux d'efficacité d'appels inférieur à 50 % vers le 112, le 15, le 17 ou le 18, sur une durée d'une heure.

Sur la localisation : l'impossibilité de fournir ce service au-delà d'une heure.

Sur le raccordement des centres de réception des appels : une indisponibilité totale pendant deux heures.

Notons ce que signifie le premier seuil, lu littéralement. Un réseau qui n'acheminerait que 55 % des appels d'urgence pendant une heure ne franchit pas le seuil d'alerte. Presque un appel sur deux perdu reste en dessous du déclencheur.

## Douze numéros, quatre surveillés

La liste officielle des communications d'urgence compte douze numéros.

Les trois numéros nationaux historiques : 15 pour l'aide médicale urgente, 17 pour la police ou la gendarmerie, 18 pour les pompiers. Le 112 européen.

Puis 114 pour les personnes déficientes auditives, 115 pour les urgences sociales, 116000 pour les enfants disparus, 116117 pour la permanence des soins ambulatoires, 119 pour l'enfance maltraitée, 191 pour le sauvetage aéronautique, 196 pour le sauvetage maritime, 197 pour l'alerte attentat et l'alerte enlèvement.

Douze numéros relèvent du statut de communication d'urgence. Mais le seuil d'alerte sur l'acheminement ne cite que quatre d'entre eux : 112, 15, 17, 18.

Le 114, seul canal d'urgence accessible aux personnes sourdes et malentendantes, n'est pas nommé dans ce seuil.

## Le signalement, et son point remarquable

Deux critères déclenchent l'obligation de signaler un incident au ministère de l'Intérieur.

Une indisponibilité totale d'un service dépassant quatre heures pour au moins 100 000 abonnés.

Ou l'indisponibilité totale d'au moins un numéro d'urgence, dans au moins un département, dépassant deux heures.

Ce second critère est assorti d'une précision qui mérite l'attention : le signalement est dû « y compris lorsque la cause ne relève pas directement de l'opérateur ».

Autrement dit, une coupure électrique départementale privant le territoire du 15 doit être signalée par l'opérateur télécom, même si la panne vient du réseau électrique. L'obligation suit le service rendu, pas la responsabilité de la défaillance.

## Ce qui n'existe pas encore : l'itinérance en catastrophe

Il faut distinguer deux dispositifs que l'on confond souvent.

L'itinérance des numéros d'urgence, qui existe : votre appel au 112 emprunte le réseau disponible.

L'itinérance en catastrophe, qui n'existe pas en France : en cas de crise majeure, l'abonné d'un réseau hors service serait pris en charge par un autre réseau pour l'ensemble de ses communications, pas seulement les urgences.

La commission compétente la recommande, et sa position est nette : ce mécanisme « n'est pas un service commercial mais une contribution obligatoire à la sécurité nationale, au même titre que d'autres réquisitions ». Il revient au régulateur d'en définir le cadre technique et le modèle de compensation entre opérateurs.

Un détail éditorial révélateur : le même avis formule cette recommandation de deux manières. La synthèse demande une mise en place « dès 2026 », le corps du texte « dans les meilleurs délais ». Nous retenons la seconde formulation, plus prudente, en signalant l'écart.

En l'état, cette itinérance n'est ni en vigueur ni déployée.

## Un cadre juridique sans sanction

Les obligations existent, et elles sont nombreuses.

Le code des postes impose une exploitation permanente et continue du réseau et un « accès ininterrompu aux services d'urgence ». Il prévoit des mesures de sécurité « à un niveau adapté au risque existant ». Le code de la sécurité intérieure impose aux opérateurs de prévoir le maintien des besoins prioritaires de la population en situation de crise.

Le constat rapporté dans l'avis de la commission est pourtant sans ambiguïté : le régulateur « n'a jamais sanctionné un opérateur sur cette base ». Et l'article du code de la sécurité intérieure « n'est assorti d'aucun dispositif de contrôle ou de sanction ».

Précision méthodologique : la liste des dispositions contrôlables citée dans cet avis mentionne un article « D. 95-4 » du code des postes. L'article pertinent est D. 98-4. Nous signalons cette coquille plutôt que de la reproduire.

## Ce que personne ne publie

Le nombre de pannes d'appels d'urgence en France est inconnu du public.

Les seuils de déclaration sont publiés. Le nombre d'incidents effectivement déclarés, leur durée, les départements touchés ne le sont pas. Un outil de recensement de l'origine des incidents les plus significatifs a été mis en place en 2025, mais l'avis précise que « ce document n'est pas encore rendu public ».

Les statistiques européennes ne peuvent pas combler ce trou : l'avis note que la France ne contribue pas à l'étude européenne sur la typologie des incidents.

L'État s'est bien doté d'un indicateur, dans la mesure 32 du troisième plan national d'adaptation au changement climatique : nombre de coupures des services support des appels d'urgence affectant plus de 100 foyers, sur une zone de plus de XX km², pendant plus de 4 heures.

Le « XX » figure tel quel dans le document publié. L'indicateur existe, son seuil géographique n'est pas calibré, et aucune première publication n'a été identifiée.

Le taux de succès de l'itinérance des numéros d'urgence n'est pas chiffré non plus. Le mécanisme est schématisé dans les supports officiels, jamais mesuré publiquement. Nous nous refusons donc à avancer un pourcentage de réussite.

Enfin, sur le système d'alerte de la population par message sur téléphone mobile, une précision de sa propre documentation mérite d'être rappelée : il atteint les téléphones « dès lors qu'ils sont connectés au réseau ». Aucune donnée n'est publiée sur le taux de réception effectif pendant une coupure électrique — c'est-à-dire précisément dans la situation où l'alerte serait la plus utile.

Le réseau radio dédié aux services de secours, lui, vise 300 000 utilisateurs en charge de la protection de la population. C'est une cible de programme, pas un parc constaté, et il concerne les secours, pas les particuliers.

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