# Pas une propriété du réseau, mais un niveau de service accepté

> L'autonomie en eau d'un quartier n'est publiée nulle part, mais elle est calculée et transmise au préfet. Méthode, besoins de référence et données à demander.

Source : https://citilience.fr/guides/combien-de-jours-un-ilot-tient-sans-eau/
Publié le 19 septembre 2026
Mis à jour le 19 septembre 2026

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La sécurité civile française dispose de quatre cellules mobiles de potabilisation. Ensemble, elles couvrent environ 40 000 personnes.

En 2020, la pollution d'un méthaniseur à Châteaulin a privé d'eau potable 180 000 habitants du Finistère, pendant plusieurs jours.

Ces deux chiffres viennent de sources publiques : un guide interministériel et un rapport de la Cour des comptes. Mis côte à côte, ils disent l'essentiel sur la question de l'autonomie en eau.

Mais le chiffre qui vous concerne vraiment, celui de votre quartier, n'est publié nulle part. Il existe pourtant, il est calculé, et il est transmis au préfet.

Voici comment l'obtenir, et comment faire le calcul vous-même.

## De combien d'eau a-t-on besoin par jour

Tout part de là, et la réponse dépend de ce qu'on accepte de ne plus faire.

Le guide ORSEC Eau potable, annexé à une instruction interministérielle de juin 2017, reprend un référentiel humanitaire que l'ANSES juge « correct et adapté pour des situations de crise ».

Il décompose les besoins de base ainsi :

- boisson et alimentation : 2,5 à 3 L par personne et par jour ;
- pratiques d'hygiène de base : 2 à 6 L ;
- cuisine : 3 à 6 L.

Total : 7,5 à 15 L par personne et par jour.

À comparer aux 143 L par habitant et par jour de la consommation domestique courante. Le rapport va de 9,5 à 19,1.

Autre référence, plus basse encore. Pour les crises de courte durée, le guide indique qu'il est d'usage de distribuer deux bouteilles de 1,5 L par personne et par jour, pour les seuls usages alimentaires.

Soit 3 L. C'est 20 % du besoin de base complet.

L'écart mesure précisément ce qu'une distribution d'urgence ne couvre pas : l'hygiène et la cuisine.

Troisième valeur, intéressante parce que c'est celle que l'État retient pour dimensionner ses propres moyens : 12 L par jour et par personne.

## Ce que l'État peut produire en urgence

Le guide décrit les moyens de la réserve nationale, et c'est instructif.

Une cellule de traitement d'eau est une unité mobile autonome qui potabilise 5 m³ par heure d'eau de type pluviale. Le guide indique qu'elle répond aux besoins d'environ 10 000 personnes, sur la base de 12 L par jour et par personne.

Le calcul se vérifie : 5 m³ par heure sur 24 heures donnent 120 m³, soit 120 000 L. Divisés par 12, cela fait bien 10 000 personnes. À condition d'un fonctionnement continu, jour et nuit.

Le nombre d'unités est écrit noir sur blanc : quatre, réparties sur le territoire national.

Quatre fois dix mille, donc quarante mille personnes couvertes simultanément.

S'y ajoute une unité mobile de surpression, capable d'alimenter des bâtiments en élévation et de suppléer des châteaux d'eau provisoirement défaillants. Débit et pression variables de 0 à 75 m³ par heure sous 0,5 à 8,8 bars. Le guide précise : une seule au niveau national.

Côté stockage et distribution, la réserve comprend des citernes souples de qualité alimentaire de 5 et 25 m³, des citernes-palettes de 1 000 litres, des rampes équipées de cinq robinets, des sachets alimentaires de 2 litres et 1 500 mètres de tuyau souple.

Un ordre de grandeur utile : une citerne de 25 m³ représente 25 000 L, soit 1 666 personne-jours à 15 L par personne. Mille six cent soixante-six personnes pendant un jour, ou cent soixante-sept personnes pendant dix jours.

Les quantités de citernes et de sachets disponibles, en revanche, ne sont pas dans le guide. Il renvoie à un catalogue de 2014 que nous n'avons pas pu vérifier.

## Le calcul, terme par terme

La formule est simple. Le volume mobilisable, divisé par la population desservie multipliée par le besoin journalier retenu, donne un nombre de jours.

Deux termes sur trois sont accessibles.

Le besoin journalier : trois valeurs sourcées, 3, 12 ou de 7,5 à 15 L, selon le scénario retenu.

La population desservie : publique et vérifiable, service par service, dans les jeux de données de l'observatoire national des services d'eau.

Le volume mobilisable : introuvable. Aucun jeu de données national ne recense les volumes des réservoirs et châteaux d'eau par service ou par commune.

C'est la raison pour laquelle ce guide ne peut pas vous donner un nombre de jours. Il peut vous donner la méthode, et le moyen d'obtenir le terme manquant.

## Le chiffre existe, et quelqu'un doit l'avoir calculé

C'est le point le plus utile de tout le guide ORSEC.

Le texte charge la personne responsable de la production ou de la distribution de l'eau de l'évaluation « de la capacité des réserves d'eau, ainsi que de l'évaluation de l'autonomie qu'elles permettent ».

Et ce n'est pas une recommandation en l'air. Pour les installations desservant plus de 10 000 habitants, une étude caractérisant la vulnérabilité des installations doit être réalisée régulièrement et transmise au préfet, au titre du code de la santé publique.

Autrement dit : le chiffre d'autonomie de votre réseau a été calculé. Il est entre les mains de votre service d'eau et de la préfecture. Il n'est simplement pas publié.

D'où l'action concrète : le demander à son service d'eau. Et demander avec lui les quatre éléments que le même guide énumère, en reprenant ses termes :

- les interconnexions utilisables, leurs débits, leurs délais de mise en œuvre, leur durée possible d'utilisation et la population non couverte le cas échéant ;
- les stocks de réactifs à constituer ;
- le matériel disponible ou à mobiliser, groupes électrogènes et pompes de secours ;
- le stock d'eau conditionnée, le cas échéant.

Ce vocabulaire est celui du guide. L'employer tel quel évite de se faire répondre que la question n'est pas claire.

## Pourquoi le résultat brut est toujours optimiste

Trois corrections s'imposent, toutes justifiées par le guide lui-même.

Un réservoir n'est pas intégralement mobilisable. La distribution gravitaire cesse avant le vidage complet, et une partie du volume est réservée à la lutte contre l'incendie. Le guide ne donne aucun coefficient, et nous n'en inventerons pas : un coefficient inventé produit un chiffre faussement précis.

Sans électricité, la topographie décide. Un réservoir en hauteur continue de distribuer par gravité. Un surpresseur s'arrête. C'est bien pourquoi le guide présente l'unité mobile de surpression comme un moyen de suppléer des châteaux d'eau défaillants, et cite l'équipement en groupes électrogènes parmi les leviers de résilience.

Enfin, l'eau ne sert pas qu'aux habitants. Le guide rappelle que les services d'incendie et de secours doivent être informés d'un éventuel manque d'eau, et que les mesures prises doivent garantir « les besoins incompressibles de certaines installations prioritaires au titre de la salubrité et de la sécurité publiques ».

## Un exemple, et ce qu'il démontre

Prenons un îlot de 500 habitants, avec un réservoir dont 300 m³ seraient effectivement mobilisables. Les 300 m³ sont une hypothèse, pas une donnée.

Selon le niveau de service retenu :

- à 3 L par personne et par jour : 200 jours ;
- à 12 L : 50 jours ;
- à 15 L : 40 jours ;
- à 143 L, c'est-à-dire en maintenant les usages courants : 4,2 jours.

Du premier au dernier, un facteur 48.

C'est l'enseignement central, et il n'a rien d'une astuce de calcul : l'autonomie n'est pas une propriété du réseau. C'est une fonction du niveau de service que l'on accepte.

Un même quartier, un même réservoir, peut tenir deux cents jours ou quatre jours. La différence ne se joue pas dans les canalisations, elle se joue dans ce qu'on renonce à faire avec l'eau.

## Ce que personne ne publie

Les trous documentaires sont ici nombreux, et il vaut mieux les énoncer.

Les volumes de stockage en service ne sont recensés par aucun jeu de données national. C'est le terme manquant du calcul, et c'est celui qu'il faut demander.

Les ruptures d'approvisionnement ne sont pas comptées. Ni nombre annuel d'épisodes, ni population cumulée, ni durée moyenne. Le seul cas chiffré que nous avons trouvé dans une source primaire est Châteaulin, cité incidemment par la Cour des comptes — et sans durée précise. Elle écrit « plusieurs jours », nous n'irons pas plus loin.

Le déploiement des plans ORSEC Eau potable n'est pas suivi publiquement. L'instruction impose une déclinaison dans chaque département. Aucun document identifié ne dit combien l'ont adoptée, ni si elle est à jour. On ne peut donc pas affirmer que tous les départements en sont dotés.

L'autonomie électrique des installations n'est pas documentée. Le taux d'équipement des stations de pompage en groupes électrogènes n'est publié nulle part, alors qu'il détermine directement l'autonomie réelle.

Et le guide lui-même a plus de neuf ans. Publié en juin 2017, il décrit des moyens issus d'un catalogue de 2014. Les nombres d'unités cités ici sont l'état décrit en 2017, pas nécessairement l'état actuel.

Un dernier point, sur l'interconnexion souvent présentée comme la solution. La Cour des comptes en pose les limites : elle « présente des limites en cas de raréfaction ou de dégradation généralisée de la ressource », et ses coûts « augmentent avec l'éloignement de la source d'approvisionnement ». Son exemple du Nord donne l'échelle : environ 200 millions d'euros pour près de 200 kilomètres de canalisation, étalés sur trente ans. Environ un million d'euros par kilomètre, à partir de deux chiffres arrondis.

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