# Le chiffre national des serres vient d'une publication régionale

> Surfaces sous serres, exploitations légumières, sites de production intra-urbains : ce que la statistique publique couvre, et le vide qu'elle laisse.

Source : https://citilience.fr/guides/maraichage-serres-agriculture-urbaine-ce-qui-est-mesure/
Publié le 19 septembre 2026
Mis à jour le 19 septembre 2026

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Il existe un chiffre national de surfaces sous serres en France. Nous l'utilisons dans ce guide.

Il n'est pas publié par le service statistique du ministère de l'agriculture. Il est publié par une direction régionale, celle des Pays de la Loire, qui cite le recensement agricole dans un article consacré aux surfaces légumières de sa région.

Nous n'avons trouvé aucune fiche nationale consacrée aux surfaces sous serres. Ce détail d'attribution est le premier enseignement du sujet : sur un objet aussi concret qu'une serre, la donnée nationale existe par ricochet.

## Le chiffre, et son périmètre exact

Près de 11 700 hectares de surfaces sous serres ou abris hauts en France métropolitaine, d'après le recensement agricole 2020.

Les régions les plus dotées, par ordre décroissant : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire, Bretagne, Occitanie.

Ce chiffre porte sur les légumes. Uniquement.

N'y figurent ni l'horticulture ornementale, ni les fruits sous abri, ni les serres qui ne relèvent pas du recensement agricole. Un total national toutes productions confondues n'existe pas dans les sources que nous avons consultées.

Rapportés aux 242 000 hectares de légumes frais, dont 230 000 en plein air, ces 11 700 hectares représentent 4,8 % des surfaces légumières.

Autrement dit, la culture sous abri est une pratique minoritaire en surface, y compris pour les légumes.

## La part chauffée n'est connue que dans une région

C'est la limite la plus gênante du sujet, parce que c'est la question qui compte : une serre chauffée et une serre froide n'ont rien à voir en consommation d'énergie.

La seule mesure publiée est régionale. En Pays de la Loire, les 1 597 hectares sous serres ou abris hauts sont non chauffés à 82 %. Les serres chauffées y représentent environ 290 hectares, détenus par près de 120 exploitations.

Soit une moyenne de 2,4 hectares de serre chauffée par exploitation concernée, ce qui dessine des unités de production substantielles, pas des tunnels de jardin.

La tendance régionale est nette : les surfaces sous serres sont passées de 849 à 1 597 hectares entre les deux recensements, soit 88 % de hausse, et les serres chauffées de 180 à 290 hectares, soit 61 %.

Mais cette région pèse 13,6 % des serres nationales. Extrapoler ses 82 % de non chauffé à la France entière n'est pas défendable, notamment parce que la première région en surface est méditerranéenne, avec d'autres besoins thermiques.

Sur la part chauffée nationale, cette donnée n'est pas disponible.

## Le piège de nomenclature qui déplace 215 000 hectares

La publication régionale glisse une précision qui vaut d'être retenue :

« Dans la nomenclature utilisée lors des recensements agricoles, les pommes de terre appartiennent, non pas à la catégorie des légumes, mais à celle des tubercules. »

Les surfaces nationales de pommes de terre pèsent 215 252 hectares en 2020, contre 154 435 en 2010.

Un chiffre de surfaces légumières lu sans connaître cette convention produit donc un écart de plus de 200 000 hectares, soit presque un doublement. C'est le genre de convention qui explique une bonne partie des désaccords apparents entre sources.

## Trois totaux qui ne se comparent pas

Sur les surfaces légumières françaises, trois valeurs circulent.

241 578 hectares, catégorie légumes frais, plants, melons et fraises du recensement agricole 2020.

Près de 242 000 hectares, publication régionale, même recensement.

Environ 264 000 hectares, FranceAgriMer, pour la production 2023.

Les deux premiers sont le même chiffre, arrondi différemment. Le troisième porte sur une autre année et un autre périmètre.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire : lire l'écart entre 242 000 et 264 000 comme une progression des surfaces. Ce n'est ni la même source, ni la même définition, ni la même date.

## Ce que le recensement dit du maraîchage, et sa contradiction interne

Entre 2010 et 2020, les surfaces légumières passent de 201 652 à 241 578 hectares, soit 20 % de hausse, et le nombre d'exploitations de 30 864 à 37 728, soit 22 % de hausse.

Une filière qui s'étend et qui compte plus d'acteurs.

L'agriculture biologique y pèse 33 196 hectares, soit 14 % des surfaces — nettement au-dessus de la moyenne nationale toutes cultures. Et 149 945 hectares sont irrigués, soit 62 % du total, ce qui situe la dépendance à l'eau de cette filière.

Pourtant la production baisse. FranceAgriMer mesure 5,7 millions de tonnes en 2023 contre 6,5 millions en 2002, soit un recul de 12 % en vingt ans.

Plus de surfaces, plus d'exploitations, moins de tonnes. Les sources ne portent ni sur les mêmes années ni sur les mêmes périmètres, ce qui interdit de conclure à une baisse de rendement. Mais le rapprochement pose une question que les publications consultées ne traitent pas.

## L'agriculture urbaine : un seul territoire compté

Sur l'agriculture urbaine, le constat est simple : aucune statistique nationale.

Ni surface, ni nombre de sites, ni production, ni emploi.

Le seul décompte chiffré que nous avons trouvé concerne Paris, dans une note d'une agence d'urbanisme d'octobre 2024. Soixante-et-un sites d'agriculture urbaine productive, représentant 138 168 m² en exploitation, dont quatre champignonnières. Quarante-et-un de ces sites développent plus d'un type de culture. Soixante-deux sites sont identifiés à l'échelle de la Métropole du Grand Paris.

La production 2023 de ces 61 sites dépasse 240 tonnes de fruits, légumes et plantes aromatiques, dont 100 tonnes de champignons.

La tentation est immédiate : diviser 240 tonnes par 138 168 m² pour obtenir un rendement. Il ne faut pas le faire, pour une raison précise. Sur ces 240 tonnes, 100 viennent de champignonnières, c'est-à-dire d'une production hors sol en volume, sans rapport avec une surface cultivée en plein air. Le ratio obtenu ne serait pas un rendement agronomique.

Sur le rendement de l'agriculture urbaine française, cette donnée n'est pas disponible. Toute valeur avancée sans méthode publiée relève de l'affirmation.

## La localisation est faussée, et c'est structurel

Pour qui voudrait connaître les surfaces maraîchères de sa commune, le recensement agricole publie 56 indicateurs à l'échelon communal, en données ouvertes.

Mais la direction régionale qui diffuse ces données avertit : « les données collectées lors des recensements agricoles sont toutefois rapatriées au département siège des exploitations, indépendamment de la localisation précise des surfaces ».

Une exploitation dont le siège est dans un département et les parcelles dans un autre voit toutes ses surfaces comptées au siège. Pour les surfaces sous abri, souvent concentrées sur peu de sites, la distorsion peut être considérable.

Ce n'est pas un défaut de saisie, c'est la construction de l'enquête. Toute lecture fine intra-territoriale de ces données est donc à écarter.

## Ce que personne ne publie

La part chauffée des serres au niveau national. Seule une valeur régionale existe.

Les surfaces de serres hors légumes : horticulture ornementale, fruits sous abri. Aucun total identifié.

Tout recensement national de l'agriculture urbaine, sous quelque forme que ce soit.

Les rendements de production urbaine, au mètre carré ou autrement.

Et une actualisation des surfaces sous serres depuis 2020. Le recensement est décennal, il a six ans à la date de consultation, et nous n'avons pas trouvé de mise à jour dans la statistique agricole annuelle.

Un dernier point, écrit par l'agence d'urbanisme elle-même à propos de la production parisienne : elle « reste très saisonnière et concerne majoritairement des produits à haute valeur ajoutée mais à faible tonnage, miel, épices, safran, micro-pousses », et « cette capacité de production locale n'est pas intégrée dans l'estimation de l'autonomie alimentaire de Paris ».

C'est l'éditeur qui produit les deux chiffres qui explique pourquoi il ne les relie pas.

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