# Respecter la loi ne veut pas dire respirer un air sain

> Les seuils réglementaires français, l'écart avec les lignes directrices de l'OMS, et les trois estimations de mortalité qu'il ne faut jamais confondre.

Source : https://citilience.fr/guides/qualite-de-l-air-dans-ma-commune/
Publié le 19 septembre 2026
Mis à jour le 19 septembre 2026

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La quasi-totalité des agglomérations françaises respectent les valeurs limites réglementaires de qualité de l'air.

Et pourtant, l'exposition aux particules fines reste très largement supérieure à ce que recommande l'Organisation mondiale de la santé.

Ce n'est pas un paradoxe. C'est un choix de référence.

D'un côté, les valeurs limites : ce sont des obligations juridiques. En dessous, on respecte la loi. Elles servent de seuils à l'action réglementaire. Elles ne décrivent pas un niveau considéré comme sûr sur le plan sanitaire.

De l'autre, les lignes directrices de l'Organisation mondiale de la santé : ce sont des repères sanitaires. Elles indiquent les niveaux en deçà desquels les risques deviennent nettement plus faibles. Elles n'ont aucune force contraignante.

Donc, première question devant un chiffre de qualité de l'air : à quoi est-il comparé ? À une valeur réglementaire, ou à une recommandation sanitaire ?

Ce n'est pas une question de chiffre. C'est une question de référentiel.

## Une valeur limite n'est pas un seuil de sécurité

Les chiffres de la qualité de l'air sont difficiles à lire pour une raison simple : il y en a plusieurs pour un même polluant.

Pour les PM2,5, les particules fines les plus petites, la valeur limite est de 25 µg/m³ en moyenne annuelle, la valeur cible de 20, l'objectif de qualité de 10, et la ligne directrice de l'Organisation mondiale de la santé de 5.

Quatre chiffres pour un seul polluant, du plus permissif au plus exigeant. Et un seul est contraignant.

Pour le dioxyde d'azote, la valeur limite annuelle est de 40 µg/m³ quand la ligne directrice est de 10.

Le rapport entre le droit et la recommandation sanitaire est donc de 5 pour les PM2,5 et de 4 pour le dioxyde d'azote.

Autrement dit : la réglementation en vigueur autorise des niveaux de pollution quatre à cinq fois supérieurs aux repères sanitaires de référence.

Ce n'est pas un oubli du législateur. Aligner les normes sur les recommandations produirait des dépassements immédiats et des obligations d'action considérables. Mais il faut le savoir pour lire correctement une phrase du type « la valeur limite est respectée ».

## Ce que mesure l'indicateur national, et ce qu'il cache

8,9 microgrammes par mètre cube.

C'est l'indicateur d'exposition moyenne aux particules fines en France en 2024, calculé à partir des mesures de 49 agglomérations.

Que dit ce chiffre ?

D'abord qu'il vaut 1,78 fois la ligne directrice sanitaire.

Ensuite qu'il se situe 16,1 microgrammes en dessous de la valeur limite réglementaire.

Le même chiffre permet donc d'écrire que la France respecte largement la loi, et qu'elle expose sa population à près du double du niveau recommandé. Les deux affirmations sont exactes.

C'est là toute la difficulté du sujet : respecter la réglementation et respirer un air recommandable ne sont pas la même chose.

Une précision nécessaire : cet indicateur est une moyenne nationale construite sur des agglomérations. Il ne dit rien de la qualité de l'air à une adresse précise.

## Les dépassements sont devenus rares, et c'est mesuré

L'air est plus propre. Dans le même temps, il reste trop pollué. Les deux accroches sont défendables, et c'est bien le problème.

En 2024, deux agglomérations seulement dépassaient la valeur limite pour le dioxyde d'azote, et trois pour les particules PM10. Pour l'ozone, dix-sept agglomérations dépassaient la valeur cible en moyenne sur trois ans, soit 10 % des agglomérations : la part la plus faible jamais observée.

Côté émissions, la baisse est massive. Entre 2000 et 2024, les émissions ont reculé de 65 % pour les oxydes d'azote, de 87 % pour le dioxyde de soufre, de 52 % pour les PM10 et de 59 % pour les PM2,5.

Mais une émission et une concentration respirée sont deux choses différentes. La quantité de polluants rejetés diminue. La concentration dans l'air dépend aussi de la météorologie, de la géographie et de la chimie atmosphérique.

Les progrès sont réels et considérables. Ils ne suffisent pas à atteindre les niveaux recommandés.

## La première source de particules est le chauffage, pas la voiture

Les particules fines sont spontanément associées à la circulation automobile. Les chiffres disent autre chose.

En 2024, le secteur résidentiel et tertiaire représente :

- 46 % des émissions primaires de PM10 ;
- 68 % des émissions primaires de PM2,5.

Ces particules proviennent principalement de la combustion du bois pour le chauffage domestique.

Pour les PM10, les autres contributeurs se répartissent ainsi : industrie 24 %, agriculture 20 %, transport routier 11 %.

Qu'est-ce que ça change ? Deux choses.

D'abord, la répartition mentale du problème est fausse. Le transport routier pèse 11 % des PM10, pas la majorité.

Ensuite, le levier principal est domestique. Contrairement à une industrie ou à un réseau de transport, un appareil de chauffage relève d'une décision individuelle : son type, son âge, son rendement, la qualité du combustible.

Ce n'est pas un constat confortable pour qui se chauffe au bois. Mais c'est là que se trouve la plus grande partie des émissions.

## Les trois chiffres de mortalité qu'il ne faut pas confondre

48 000 morts par an, 9 % de la mortalité. C'est le chiffre le plus cité quand on parle de pollution de l'air en France. C'est aussi le plus mal cité.

Pourquoi ? Parce qu'il porte sur la période 2007-2008, sur un périmètre géographique différent, et qu'il existe mieux : plus récent, plus précis.

L'estimation la plus récente donne 39 541 décès par an attribuables aux particules fines, pour la période 2016-2019. Soit 7,1 % de la mortalité, chez les personnes de 30 ans et plus, en France métropolitaine. L'intervalle de confiance s'étend de 14 160 à 61 690.

Une seconde estimation porte sur le dioxyde d'azote : 6 790 décès par an, soit 1,2 % de la mortalité. Ces deux chiffres ne s'additionnent pas, parce que les effets des deux polluants ne peuvent pas être simplement sommés.

Quant à l'estimation ancienne, elle n'est pas comparable à la récente : l'estimation de 2021 en est la réactualisation, avec une autre année de référence et une autre cartographie de la pollution.

En résumé, un chiffre de mortalité attribuable se cite toujours avec :

- sa période de référence ;
- sa population ;
- son périmètre géographique ;
- son intervalle de confiance.

Sans ces quatre éléments, on répète un nombre qui ne veut plus rien dire.

## Un indice quotidien ne dit rien de votre exposition

« L'indice est mauvais aujourd'hui, donc on est dans une situation grave. » L'indice ne dit pas ça.

Il agrège cinq polluants et retient le sous-indice le plus dégradé, avec six qualificatifs allant de bon à extrêmement mauvais. Il décrit une journée.

Or les effets sanitaires documentés ne portent pas sur une journée dégradée. Ils portent sur des moyennes annuelles d'exposition. C'est l'exposition de long terme qui produit les chiffres de mortalité attribuable.

L'indice du jour et l'exposition qui compte ne se lisent donc pas sur la même échelle de temps.

Par ailleurs, il ne faut pas confondre l'indice avec les seuils d'épisode, qui fonctionnent autrement :

- un seuil d'information et de recommandation vise les personnes sensibles ;
- un seuil d'alerte vise l'ensemble de la population et déclenche des mesures d'urgence préfectorales.

Point important : aucun seuil d'information ni d'alerte n'est fixé pour les PM2,5. Un épisode de pollution aux particules les plus fines ne déclenche donc aucune procédure à ce titre, alors que ce sont elles qui portent l'essentiel des effets sanitaires documentés.

## Ce que personne ne publie

Trois limites doivent être dites plutôt que contournées.

Une commune n'a pas forcément de station de mesure. Le dispositif national en compte 571, pour environ trente-cinq mille communes. La valeur affichée pour une adresse provient donc très souvent d'un modèle, pas d'une mesure. Cette différence n'est pas toujours signalée au lecteur, et elle change la fiabilité de l'information.

L'exposition individuelle réelle n'est pas mesurée. Le dispositif mesure l'air extérieur en un point fixe. Il ne sait rien des déplacements, du temps passé à l'intérieur, ni de l'air du logement, qui relève d'une autre famille de mesures.

Enfin, les licences de réutilisation des documents de bilan ne sont pas toujours explicites. Un tiers qui veut republier un tableau ne sait pas toujours s'il en a le droit.

La règle qui en découle : une donnée modélisée se présente comme modélisée. Et l'absence de station ne se comble pas par la valeur de la station voisine sans dire que c'est ce qu'on fait.

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