# Ce n'est pas le vent qui coupe le réseau, c'est l'électricité qui manque

> Courbes de perte et de rétablissement réellement mesurées après Chido, Ciaran et Alex. Ce qui casse le réseau, et ce qui retarde sa réparation.

Source : https://citilience.fr/guides/tempetes-et-cyclones-ce-que-les-rex-chiffrent/
Publié le 19 septembre 2026
Mis à jour le 19 septembre 2026

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Après la tempête Ciaran, un opérateur mobile a examiné ses sites hors service. Quatre-vingt-dix pour cent l'étaient par manque d'électricité. Dix pour cent pour des causes physiques : antennes désorientées, accès impossible.

Après la tempête Alex, le constat converge : « une très grande majorité des sites radio impactés durant la crise a pu à nouveau fonctionner dès le retour de l'électricité ».

Le réseau télécom ne casse pas beaucoup pendant une tempête. Il s'éteint.

Cette distinction n'est pas un détail de vocabulaire : elle décide entièrement du délai de retour du service.

## Mayotte, décembre 2024 : la courbe complète

Le cyclone Chido fournit le retour d'expérience le plus détaillé disponible, parce que la destruction y a été quasi totale et le suivi documenté.

Sur le mobile, la perte a porté sur 94 à 98 % des antennes — alimentation coupée, pylônes et équipements endommagés, liaisons hertziennes hors service.

Le rétablissement s'est fait par paliers nettement séparés.

Les appels d'urgence à J+1. Cinquante pour cent de la couverture à J+7. Cent pour cent à quatre semaines.

Sur le réseau fixe cuivre, la trajectoire est tout autre : perte de la totalité du réseau, et 30 % seulement du service rétabli au bout de cinq semaines.

Autrement dit, à l'instant où le mobile était entièrement revenu, le fixe n'avait pas retrouvé le tiers de son service.

Cet ordre mérite d'être retenu, car il est contre-intuitif pour qui considère le fixe comme la voie robuste et le mobile comme la voie fragile.

## Le vrai goulot d'étranglement : le propriétaire du poteau

Voici le chiffre le plus instructif de tous les retours d'expérience consultés.

Après Ciaran, la réparation des appuis aériens a suivi deux rythmes radicalement différents selon leur propriétaire.

Le gestionnaire du réseau électrique : 90 % des appuis rétablis en deux semaines, 100 % en deux mois.

Les appuis télécoms : plus de six mois.

Un rapport d'environ douze entre les deux rythmes, sur le même territoire, après le même événement, pour des supports parfois plantés dans le même sol.

Une explication structurelle est avancée par la Cour des comptes : les opérateurs télécoms, qui ne figurent pas parmi les usagers en service prioritaire au sens de l'arrêté de 1990 sur le délestage, dépendent des priorités de rétablissement décidées par les propriétaires du génie civil.

Conséquence pratique pour un habitant ou une collectivité : savoir qui possède les poteaux de son quartier en dit plus long sur le délai de retour du service que n'importe quelle caractéristique technique de la fibre.

## L'ampleur ne dit rien de la durée

Sur un réseau d'initiative publique breton, Ciaran n'a privé de service que 2 % des clients en moyenne, et jusqu'à 4 % dans le Finistère.

Un bilan qui paraît modeste. Sauf que certaines de ces coupures ont duré « jusqu'à plus de dix jours ».

Ces deux dimensions — combien de clients, pendant combien de temps — sont indépendantes. Un incident qui touche peu de monde très longtemps ne se lit pas dans un pourcentage d'abonnés affectés.

C'est pourtant sous cette forme que les bilans de crise sont presque toujours communiqués.

## Quand le problème n'est plus le réseau mais la route

La tempête Alex, en octobre 2020 dans les Alpes-Maritimes, illustre un troisième mécanisme.

Les équipements n'étaient pas le problème principal. Les accès l'étaient : 85 km de routes emportées et 12 ponts détruits ont « rendu les interventions sur sites compliquées, voire parfois impossibles ».

Un site intact, alimenté, mais inaccessible à un technicien reste hors service aussi longtemps qu'il n'est pas atteignable.

Cela signifie qu'un diagnostic de vulnérabilité sérieux ne peut pas s'arrêter aux équipements : il doit intégrer l'état des voies d'accès.

## Le cadre juridique existe, et il est récent

Depuis la loi du 22 août 2021 et l'article L732-2-1 du code de la sécurité intérieure, le préfet peut exiger des exploitants de réseaux un diagnostic de vulnérabilité, des mesures de gestion de crise, des procédures de remise en état et un programme d'investissements prioritaires.

Un décret du 28 juillet 2022 fixe la procédure et la liste des aléas à investiguer : inondation, séismes en zones 4 et 5, vents cycloniques, incendie de forêt dans les massifs classés à risque.

Sur les vents cycloniques, un arrêté du 5 juillet 2024 couvre les Antilles. Un arrêté était annoncé pour La Réunion et Mayotte : nous n'avons pas vérifié sa publication, et ne l'affirmons donc pas.

Par ailleurs, le code des postes et des communications électroniques impose une exploitation « permanente et continue » et une remise en état « dans les délais les plus brefs ». Une obligation de moyens, sans délai chiffré.

## Ce que personne ne publie

Les courbes de rétablissement de Chido existent, mais sous forme de graphiques dans des supports de présentation. Les valeurs journalières sous-jacentes ne sont pas publiées en données ouvertes. Seuls les jalons énoncés en toutes lettres sont exploitables — et c'est pourquoi ce guide cite J+1, J+7, quatre semaines et cinq semaines, sans jamais interpoler entre ces points.

Le chiffre de 90 % appelle la même prudence. Il provient du constat d'« un des opérateurs mobiles », relayé par le régulateur. Aucun périmètre n'est précisé : ni le nombre de sites, ni les départements concernés. Aucune mesure contradictoire n'est publiée. Nous le citons pour son ordre de grandeur et son enseignement qualitatif, pas comme une statistique validée.

Domingos, qui a suivi Ciaran de peu, n'a aucun chiffrage distinct : les retours d'expérience traitent les deux tempêtes comme un événement unique.

Plus largement, aucun bilan public consolidé de la durée moyenne de coupure par événement n'existe. Le régulateur signale lui-même que les collectivités n'ont pas accès aux informations sur les pannes et incidents, et qu'il serait utile qu'elles y aient accès. Un avis de 2026 de la commission compétente relève que les données sur la résilience des réseaux numériques restent « parcellaires, morcelées ou très ponctuelles ».

Enfin, un constat qui vaut d'être rapporté tel quel. La Cour des comptes écrivait en avril 2025, à propos du retour d'expérience de Ciaran, qu'« aucune mesure concrète issue de ce retour d'expérience n'avait été mise en œuvre » au moment du dépôt de son rapport.

Les chiffres existent donc. Ce qui manque, c'est leur traduction en décisions.

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