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Citilience

Air et santé

Pour la plupart des polluants, personne ne sait si le niveau est acceptable

Plus de 170 polluants mesurés dans un échantillon représentatif du parc. Les résultats, et pourquoi la plupart ne peuvent pas être qualifiés de bons ou mauvais.

Plus de 170 polluants ont été mesurés dans 571 logements français, représentatifs d’un parc de 29,7 millions de résidences principales.

C’est la campagne la plus complète jamais menée sur l’air intérieur en France. Son résultat le plus important n’est pas un chiffre.

Il tient dans une phrase du rapport : « Sur l’ensemble des polluants mesurés, assez peu disposent de valeurs de référence sur lesquelles s’appuyer afin de déterminer si les niveaux observés sont satisfaisants ou non. »

Autrement dit, pour la majorité de ces 170 paramètres, on sait désormais combien il y en a. On ne sait pas si c’est trop.

Quatre familles de valeurs, une seule opposable

Avant tout chiffre, il faut trier les référentiels. Ils sont quatre, et on les mélange constamment.

Les valeurs-guides réglementaires, fixées par décret. Pour le formaldéhyde, le décret de 2011 prévoyait 30 µg/m³ au 1er janvier 2015 puis 10 µg/m³ au 1er janvier 2023. Pour le benzène, 5 µg/m³ en 2013 puis 2 µg/m³ en 2016.

Les valeurs guides sanitaires de l’ANSES, qui ne sont pas opposables.

Les valeurs de gestion du Haut Conseil de la santé publique, qui sont des avis d’expertise.

Les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé, sans aucune portée contraignante.

Un point souvent ignoré : les valeurs-guides réglementaires encadrent la surveillance de l’air intérieur dans certains établissements recevant un public sensible. Elles ne créent aucune obligation de mesure ni de travaux dans un logement privé.

Les particules fines, polluant le plus dépassé

La médiane mesurée dans le séjour est de 13,2 µg/m³ sur sept jours.

Comparée à la valeur cible de 10 µg/m³ du Haut Conseil de la santé publique, elle place 70 % des logements au-dessus. Près de 11 % dépassent même la valeur d’action rapide de 50 µg/m³.

Et 43,3 % des logements franchissent, au moins une fois dans la semaine, la valeur journalière de 15 µg/m³ de l’Organisation mondiale de la santé.

Un chiffre pour finir de cadrer l’ordre de grandeur : plus de 96 % des logements affichent une moyenne hebdomadaire supérieure à 5 µg/m³.

Attention toutefois à la tentation de comparer ces relevés à une valeur annuelle. Le rapport ferme explicitement cette porte : l’extrapolation sur l’année n’est pas possible à partir d’une mesure de sept jours.

Le formaldéhyde, et les polluants sans dépassement

Médiane à 14 µg/m³ dans la chambre, maximum observé à 53 µg/m³. La valeur de gestion provisoire de 30 µg/m³ est dépassée dans 6,1 % des logements.

Pour les autres substances, les taux sont faibles. Près de 3 % pour le dioxyde d’azote, près de 1,4 % pour le benzène, 0,05 % pour le trichloroéthylène.

Et aucun dépassement pour l’acétaldéhyde, l’éthylbenzène, le tétrachloroéthylène et le toluène.

Ce dernier résultat demande une lecture prudente. Aucun dépassement, cela veut dire qu’une valeur de référence existait et qu’elle n’a pas été franchie. Pour la plupart des 170 paramètres, il n’y avait rien à dépasser.

Le radon, seul polluant intérieur avec un niveau réglementaire

Le niveau de référence est de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle. Ce n’est pas une limite à ne pas dépasser, c’est un seuil au-delà duquel une action est attendue.

Résultats : médiane à 40 Bq/m³, dépassement dans 36 logements, soit 7,6 % du parc. Le maximum observé atteint 1 775 Bq/m³, et neuf logements — 0,74 % du parc — dépassent 1 000 Bq/m³ dans certaines pièces de vie.

Mais le chiffre le plus utile de tout le volet radon est ailleurs, dans la répartition de ces 36 logements.

Vingt-six se trouvent dans des communes classées en catégorie 3, la plus exposée. Neuf sont en catégorie 1, la plus faible. Un en catégorie 2.

C’est un résultat important pour quiconque consulte la carte du potentiel radon de sa commune : un quart des logements concernés se situent dans des communes réputées peu exposées.

Le potentiel géologique communal indique une probabilité. Il ne prédit pas le résultat d’un logement donné, qui dépend du bâti, de son étanchéité au sol et de sa ventilation.

Ce qui n’a pas bougé en vingt ans

La comparaison avec la première campagne de 2003-2005 donne une hiérarchie claire des progrès.

Baisse de plus de 80 % pour les composés organiques volatils chlorés. Baisse statistiquement significative, de 28 % à 47 %, pour le benzène, les particules fines et le formaldéhyde.

Et aucune évolution pour deux paramètres : le dioxyde de carbone et le radon.

Ces deux-là ne dépendent pas de la composition des produits de construction ou d’entretien. Ils dépendent du renouvellement de l’air.

La leçon est nette. Ce qui a progressé, c’est la chimie des matériaux, sous l’effet de la réglementation et de l’évolution des produits. Ce qui n’a pas progressé, c’est la ventilation des logements.

Ce que personne ne publie

Les données manquantes sont significatives et le rapport les déclare. Sur les particules fines, 56 échantillons sur 571 ne sont pas exploitables, soit 9,8 %. Pour le radon, la mesure n’a pu se faire ou a été invalidée dans 144 logements.

Les résultats saisonniers reposent sur des sous-échantillons — 37,6 % du parc pour l’hiver, 33,3 % pour les mois de transition — et le rapport les qualifie lui-même d’indicatifs.

Les pesticides dans l’air et les poussières ne sont pas dans ce rapport : les analyses se poursuivent, et font l’objet de publications distinctes que nous n’avons pas exploitées ici.

Les moisissures ont été mesurées sur le terrain, mais aucun seuil sanitaire français opposable n’existe. Aucun taux de dépassement n’est donc publiable.

Le périmètre est la France métropolitaine continentale. L’outre-mer et la Corse sont hors champ pour la partie radon.

Enfin, un ratio qu’on lit partout et que nous ne reprendrons pas : l’idée que l’air intérieur serait cinq à sept fois plus pollué que l’air extérieur. Aucune source primaire française nommée et datée n’a pu être identifiée. Le rapport publie une distribution de rapports entre concentrations intérieures et extérieures par tranches, ce qui est une information autrement plus utile qu’un multiplicateur unique.

Questions fréquentes

Mon logement est-il soumis à une obligation de mesure de l'air intérieur ?

Non. La surveillance réglementaire de la qualité de l'air intérieur porte sur certains établissements recevant un public sensible, en application du code de l'environnement. Aucun texte n'impose de mesure ni de travaux dans un logement privé.

Les 70 % de logements au-dessus de la valeur cible pour les particules fines sont-ils hors la loi ?

Non. Ces 10 µg/m³ sont une valeur cible proposée par le Haut Conseil de la santé publique, sans portée contraignante. Le rapport précise en outre que l'extrapolation d'une mesure de sept jours à une valeur annuelle n'est pas possible.

La campagne a-t-elle trouvé une valeur de référence pour chaque polluant mesuré ?

Non, et c'est son enseignement le plus important. Le rapport écrit que sur l'ensemble des polluants mesurés, assez peu disposent de valeurs de référence permettant de déterminer si les niveaux observés sont satisfaisants.

La carte du potentiel radon de ma commune suffit-elle ?

Non. Sur les 36 logements dépassant le niveau de référence, 26 sont bien dans des communes classées en catégorie 3, mais 9 se trouvent en catégorie 1, la plus faible. Le potentiel géologique communal ne prédit pas le résultat d'un logement donné.

L'air intérieur est-il cinq à sept fois plus pollué que l'air extérieur ?

Ce ratio circule sans source primaire française identifiable, et nous ne le reprenons pas. Le rapport publie en revanche une distribution de rapports entre concentrations intérieures et extérieures par tranches, ce qui est une information différente et plus honnête qu'un multiplicateur unique.

Les baisses observées sont-elles dues au confinement ?

On ne peut pas le dire. Le terrain a débuté en novembre 2020, et le rapport écrit que l'impact de l'épisode pandémique reste plus difficile à établir. Attribuer les baisses à la pandémie serait une interprétation, pas une lecture.

Sources

  1. CNL2, état de la qualité de l'air dans les logements, rapport de la deuxième campagne nationaleObservatoire de la qualité des environnements intérieurs, CSTB et ANSES — consulté le — licence non vérifiée : aucune mention de licence ouverte identifiée
  2. Campagne nationale logements 2, page de présentationObservatoire de la qualité des environnements intérieurs — consulté le
  3. Premiers résultats de la deuxième campagne nationale sur l'état de la qualité de l'air dans les logementsANSES — consulté le
  4. Décret n° 2011-1727 du 2 décembre 2011 relatif aux valeurs-guides pour l'air intérieur pour le formaldéhyde et le benzèneIneris, base AIDA — consulté le
  5. Liste des valeurs guides de qualité d'air intérieurANSES, mise à jour de 2026 — consulté le
  6. Qualité de l'air intérieur, politique publique et obligations de surveillanceministère de la Transition écologique — consulté le