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Citilience

Air et santé

Aucun des systèmes testés ne peut constater un dépassement réglementaire

Le seul essai national français a testé 17 systèmes. Aucun ne satisfait les exigences réglementaires. Ce que les capteurs savent faire, et ce qu'ils ne savent pas.

La France a organisé un seul essai national d’aptitude des micro-capteurs de qualité de l’air. Dix-sept systèmes testés, en poste fixe, contre des instruments de référence.

Résultat : aucun ne respecte les objectifs de qualité des données exigés pour les mesures réglementaires en site fixe.

Ce n’est pas un verdict sur l’inutilité des capteurs. C’est une indication précise de ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas prétendre.

Ce que veut dire « ne pas respecter les objectifs »

Les mesures réglementaires doivent tenir une incertitude maximale : 15 % pour le dioxyde d’azote et l’ozone, 25 % pour les particules.

Aucun des dix-sept systèmes n’y parvient.

En revanche, une seconde catégorie existe : les méthodes indicatives, dont l’objectif est de 50 % pour les PM2,5. Et là, le laboratoire écrit que certains systèmes « peuvent prétendre satisfaire aux critères ».

La distinction est la clé de tout le sujet. Un capteur grand public ne peut pas servir à constater un dépassement de valeur limite. Il peut servir à indiquer une tendance, repérer une source, décider d’aérer.

Trois chiffres qui disent la nature du problème

L’essai a réuni 16 participants, 44 dispositifs et 17 systèmes de conception différente, sur six semaines. Plus de 70 millions de données à la minute ont été traitées.

Premier chiffre : la pente de corrélation du meilleur système polyvalent sur les particules fines vaut 2,25.

Une pente supérieure à 1 signifie une surestimation. À 2,25, le capteur affiche plus du double de la valeur de référence. Ce n’est pas du bruit, c’est un biais systématique.

On lit souvent l’inverse — que les capteurs sous-estimeraient la pollution. Le seul écart chiffré disponible dans une source primaire française indique une surestimation.

Deuxième chiffre : les concentrations de gaz sont restées sous 15 parties par milliard pendant l’essai. Le laboratoire précise que c’est la « gamme dans laquelle les capteurs de gaz présentent la plus grande incertitude et par conséquent la plus grande erreur de mesure ».

Autrement dit, les capteurs de gaz sont les moins fiables précisément dans les niveaux de la vie courante. Un seul système sur dix-sept a passé le filtre d’erreur pour l’ozone.

Troisième chiffre, le plus parlant. Le système le plus précis de tout l’essai sur les trois granulométries de particules, avec des pentes entre 0,93 et 1,09, n’a produit des données que sur moins de 14 % de la période.

La cause : des pertes récurrentes de connexion sans fil. Ses notes qualitatives sont inférieures à 2 sur 5 sur l’ensemble des critères.

Un capteur juste mais muet 86 % du temps ne remplit aucun usage.

Deux documents officiels, trois valeurs différentes

Il existe deux publications de ce même essai : une synthèse en 2018, puis un rapport détaillé.

En les comparant, on trouve des écarts.

Sur le meilleur système polyvalent, la synthèse retient la combinaison particules fines et dioxyde d’azote, avec une pente de 0,81 pour le dioxyde d’azote. Le rapport détaillé retient la combinaison PM10 et dioxyde d’azote, avec une pente de 0,90.

Même essai, même système, même polluant, deux valeurs.

Sur le nombre de systèmes n’ayant pas été écartés pour la mesure des gaz, la synthèse indique six, le rapport détaillé sept.

Le rapport détaillé ajoute par ailleurs les résultats PM1 et PM10, absents de la synthèse. Pour le système en question : PM1 à pente 1,92 avec 31 % de variabilité, PM10 à pente 1,55 avec 16 %.

Ces écarts ne sont pas des erreurs de notre part : le rapport détaillé est une exploitation plus complète des mêmes données, et il reclasse en conséquence. Mais ils imposent une règle de citation. Un chiffre de cet essai se cite avec le document dont il provient.

Ce qu’il faut regarder sur une fiche technique

L’essai fournit une grille de lecture réutilisable, indépendamment des modèles testés.

La pente de corrélation, qui dit le biais : au-dessus de 1, le capteur surestime, en dessous, il sous-estime.

Le coefficient de détermination, qui dit si les variations suivent celles de la référence.

La variabilité entre exemplaires d’un même modèle. Une variabilité de 41 % signifie que deux capteurs identiques, côte à côte, affichent des valeurs très différentes.

Et la couverture temporelle, qui ne relève pas de la métrologie mais décide de l’utilité réelle.

Un point d’organisation utile : la grille officielle compte quatre critères qualitatifs propres au système, et un radar de notation de 0 à 5 sur huit critères. Une note de cadrage identifie dix usages types.

Ce que personne ne publie

La fraîcheur des données est le problème central de ce guide, et nous préférons l’écrire franchement.

L’essai date de janvier et février 2018. Nous n’avons identifié aucun essai national d’aptitude plus récent. Un second exercice a bien été mené durant l’été 2018 pour tenir compte de la saisonnalité, mais la publication de ses résultats n’a pas été retrouvée — et les deux documents disponibles n’annoncent même pas la même date de parution pour ceux-ci.

Les modèles commercialisés ont changé depuis. Ce qui reste utilisable, ce n’est pas le classement, c’est la méthode de lecture.

Le rapport détaillé lève la confidentialité pour une partie des participants et nomme certains modèles. Nous ne reprenons pas ces noms. Publier un classement de 2018 comme un conseil d’achat de 2026 serait exactement le genre de raccourci que ce site refuse.

Les conditions d’essai limitent aussi la portée : une seule station, de typologie urbaine, sur six semaines d’hiver. Aucune généralisation aux sites de trafic, ruraux ou industriels.

Les performances affichées portent sur des données brutes, sans les corrections que les fabricants auraient pu appliquer.

Les systèmes fournis avaient des historiques d’utilisation différents, de neuf à très usité, ce qui brouille la comparaison entre exemplaires.

Enfin, deux informations que nous aurions voulu donner et qui ne sont pas publiques. Le nombre de capteurs déployés en France : une base nationale recense les expérimentations, mais elle exige une authentification. Et le prix : le critère « coût » figure dans la grille officielle, sans qu’aucune valeur ne soit publiée.

Sur ce dernier point, méfiance particulière envers une comparaison qui circule beaucoup, du type « un capteur à quelques centaines d’euros vaut une station à plusieurs dizaines de milliers ». Aucune source primaire ne l’établit.

Questions fréquentes

Un capteur grand public peut-il constater un dépassement de valeur limite ?

Non. Aucun des 17 systèmes testés ne respectait les objectifs de qualité des données réglementaires pour les mesures en site fixe, soit 15 % pour les gaz et 25 % pour les particules. Certains pouvaient prétendre aux critères des méthodes indicatives, notamment pour les PM2,5 avec un objectif de 50 %.

Pourquoi mon capteur affiche-t-il des valeurs très éloignées de la station la plus proche ?

Pour les gaz, parce que l'incertitude est maximale dans les basses concentrations, celles de la vie courante. Pour les particules, parce que la pente de corrélation peut atteindre 2,25 : le capteur affiche alors plus du double de la valeur de référence.

Ces résultats valent-ils pour un capteur porté sur soi ou en vélo ?

Non. Le laboratoire écrit explicitement que les systèmes ont été testés en conditions fixes et que les résultats ne peuvent pas être extrapolés à une mise en œuvre en mobilité.

Ces données de 2018 sont-elles encore d'actualité ?

C'est la principale limite de ce guide. Aucun essai national d'aptitude plus récent n'a pu être identifié, et les modèles commercialisés ont changé depuis. Ce qui reste valable est la méthode de lecture : pente, coefficient de détermination, variabilité entre exemplaires et couverture temporelle.

Les marques testées sont-elles connues ?

Partiellement. La synthèse de 2018 anonymise tous les systèmes derrière des codes. Le rapport détaillé publié ensuite lève la confidentialité pour une partie des participants et nomme certains modèles. Nous ne reprenons pas ces noms : les produits ont évolué depuis, et un classement de 2018 induirait en erreur aujourd'hui.

Combien de capteurs sont déployés en France ?

On ne le sait pas publiquement. Une base nationale recense les expérimentations, mais elle exige une authentification et aucun agrégat public du nombre de capteurs déployés n'a été identifié.

Sources

  1. Premier essai national d'aptitude des micro-capteurs pour la surveillance de la qualité de l'air : synthèse des résultatsLCSQA et Ineris, document DRC_18_174307_09689A — consulté le
  2. Résultats du premier essai national d'aptitude des micro-capteurs, rapport détailléLCSQA et Ineris — consulté le
  3. Résultats du premier essai national d'aptitude des micro-capteurs, page de présentationLCSQA — consulté le
  4. Note de cadrage pour l'utilisation des capteurs et systèmes capteurLCSQA, 2019 — consulté le
  5. Essais nationaux d'aptitude des micro-capteurs pour la surveillance de la qualité de l'air ambiant, résultats et bilanIneris, archive ouverte HAL — consulté le
  6. Évaluation des performances métrologiques des systèmes capteurs de mesure de la qualité de l'airLaboratoire national de métrologie et d'essais — consulté le