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Citilience

Eau

Habitant, abonné, foyer de référence : trois unités, trois chiffres

143 litres par jour, 138 m³ par abonné, 120 m³ sur la facture : trois chiffres qui ne mesurent pas la même chose. Comment passer de l'un à l'autre.

Trois chiffres circulent sur la consommation d’eau en France : 143 litres par jour, 138 m³ par an, 120 m³ sur la facture.

Ils sont tous les trois exacts. Ils ne mesurent pas la même chose.

Le premier porte sur un habitant, le deuxième sur un abonné, le troisième sur une convention statistique. Savoir passer de l’un à l’autre évite la plupart des erreurs de lecture sur ce sujet.

Un abonné n’est pas un habitant

C’est la confusion la plus fréquente, et elle est lourde de conséquences.

La définition officielle est explicite : un abonné n’est pas forcément un foyer domestique. Ce peut être un syndicat de copropriété, un bailleur social qui redistribue l’eau à ses occupants, ou une entreprise. Les foyers desservis de cette façon sont dits non individualisés.

Le nombre moyen d’usagers par abonné est de 2,5 au niveau national.

Mais cette moyenne masque un écart considérable selon la taille du service : 1,7 dans les services desservant moins de 1 000 habitants, 1,9 entre 1 000 et 10 000, 2,1 entre 10 000 et 50 000, 2,3 entre 50 000 et 100 000, et 3,4 au-delà.

Un facteur deux entre les deux extrêmes, qui reflète directement la part de logements collectifs non individualisés.

Conséquence pratique : appliquer le ratio national de 2,5 à une commune rurale conduit à surestimer sa population desservie de près de 50 %.

La conversion, et ce que l’écart révèle

Faisons le calcul. La consommation domestique est de 52 m³ par habitant et par an. Multipliée par 2,5 habitants par abonné, elle donne 130 m³ par abonné.

Le chiffre publié par abonné est de 138 m³.

Les 8 m³ manquants, soit 6 %, ne sont pas une erreur. Ils correspondent aux usages non domestiques, inclus dans le chiffre par abonné et exclus du chiffre par habitant.

Cette cohérence est rassurante : les deux chiffres se recoupent, et leur écart s’explique.

Les 120 m³ de la facture n’ont jamais été une consommation

Quiconque a lu une comparaison de prix de l’eau a rencontré la référence aux 120 m³.

Ce n’est pas une consommation observée. C’est une base de calcul conventionnelle, correspondant à l’usage annuel moyen d’une famille de deux adultes et un ou deux enfants, et qui sert à comparer les tarifs entre services à consommation identique.

L’éditeur calcule par ailleurs la consommation moyenne réelle d’un foyer : à partir d’un ratio de 2,15 personnes par foyer daté de 2022, elle s’établit à 112 m³ par an.

Huit mètres cubes en dessous de la base conventionnelle. Le rapport note d’ailleurs « une légère baisse depuis quelques années, qui pourrait s’accentuer ».

Le chiffre de 120 m³ reste donc utile pour comparer des prix. Il ne dit rien de ce que consomme un foyer réel.

Ce que l’éditeur dit lui-même de son chiffre

Le fait le plus important de ce guide n’est pas un nombre, c’est une phrase du rapport : « Au final, le ratio de consommation domestique par usager proposé reste un ordre de grandeur, à considérer avec précaution. »

Deux motifs sont donnés.

D’abord, « la distinction consommation domestique / non domestique est rarement connue des services responsables de la saisie de l’information ». À défaut, tout est versé en volumes domestiques, « ce qui a pour conséquence de majorer ce ratio ».

Ensuite, même quand les volumes sont distingués, rien ne garantit que la définition du non domestique soit appliquée de la même façon partout.

Cette réserve autorise à publier le chiffre. Elle interdit d’en tirer des comparaisons fines entre territoires ou entre années.

La série historique, et pourquoi elle ne montre pas de tendance

Voici la série publiée, en litres par habitant et par jour : 150 en 2009, 148 en 2010, 148 en 2011, 145 en 2012, 143 en 2013, 144,6 en 2014, 146 en 2015, 146 en 2016, 149 en 2017, 148 en 2018, 147 en 2019, 148 en 2020, 148 en 2021, 150 en 2022, 145 en 2023, 143 en 2024.

De 2009 à 2024, la baisse est de 7 litres par jour, soit 4,7 %. Rapportée à l’année, environ 2,6 m³ par habitant.

Mais regardons la forme de la courbe plutôt que ses extrémités.

Elle descend à 143 en 2013. Elle remonte à 149 en 2017, puis à 150 en 2022 — soit le niveau de 2009. Elle redescend enfin à 143 en 2024.

La valeur de 2024 est exactement celle de 2013. Onze ans pour revenir au même point, après un détour par le haut.

Et surtout, cette série est reconstituée à partir d’échantillons de services variables d’une année sur l’autre. Une partie des variations reflète le changement de périmètre, pas le comportement des usagers.

On peut donc dire que la consommation ne croît pas. On ne peut pas dire de combien elle baisse.

Ce que personne ne publie

Commençons par ce qui manque le plus : la ventilation des 143 litres entre les usages du logement.

Toilettes, douche, lave-linge, vaisselle, arrosage, boisson. Les répartitions en pourcentages circulent partout. Nous n’avons identifié aucune source primaire française, nommée et datée, qui les publie. Nous ne les reprenons donc pas, alors que c’est l’information la plus demandée.

Ensuite, trois incohérences internes au même rapport, que nous signalons plutôt que de choisir silencieusement une valeur.

La synthèse et la fiche chiffre-clé donnent 143 litres par jour pour 2024. La figure 23 du corps du rapport affiche 145 litres pour les mêmes 52 m³ annuels. Le contrôle arithmétique tranche : 52 divisés par 365 donnent 142,5, et 145 fois 365 donneraient 52,9 m³. Surtout, 145 est exactement la valeur publiée pour 2023. C’est un report non corrigé.

Même mécanisme sur le rendement du réseau : 79,2 % est daté de 2023 dans la synthèse, et de 2024 dans le corps du rapport, qui précise que 2023 valait 81,2 %.

Et sur les fuites : le rapport donne 18,8 % pour 2024, or 100 moins 81,2 fait 18,8, soit le complément du rendement de 2023. La fiche chiffre-clé publie 20,8 %, qui est bien le complément du rendement 2024.

Aucune de ces trois incohérences n’est grave prise isolément. Ensemble, elles disent une chose utile : sur ce jeu de données, un chiffre se vérifie toujours par le calcul avant d’être cité.

Deux dernières limites. Le ratio de 2,15 personnes par foyer est attribué à l’institut statistique national par le rapport, sans référence de publication : nous le citons comme repris du rapport, pas comme un chiffre de cet institut. Et les six fiches chiffres-clés de cet exercice renvoient toutes vers une adresse de rapport qui répond en erreur, ce qui complique la vérification pour un lecteur pressé.

Questions fréquentes

Pourquoi ma facture parle-t-elle de 120 m³ alors que je consomme moins ?

Parce que les 120 m³ sont une base de calcul conventionnelle servant à comparer les prix entre services, pas une consommation mesurée. Le rapport estime à 112 m³ par an la consommation moyenne réelle d'un foyer, sur la base de 2,15 personnes par foyer.

Les 143 litres par jour incluent-ils l'eau consommée par les entreprises ?

En principe non, ce chiffre porte sur la consommation domestique. Mais l'éditeur précise que la distinction entre domestique et non domestique est rarement connue des services chargés de la saisie, et que les volumes non ventilés sont versés en domestique, ce qui majore le ratio.

La consommation d'eau des Français baisse-t-elle ?

La série passe de 150 litres en 2009 à 143 en 2024, soit 4,7 % de moins. Mais elle n'est pas monotone : elle descend à 143 en 2013, remonte à 150 en 2022, puis redescend. La valeur de 2024 est exactement celle de 2013. La série est par ailleurs reconstituée sur des échantillons de services variables, ce qui interdit d'y lire une tendance fine.

Comment passer des 143 litres par habitant aux 138 m³ par abonné ?

En multipliant par le ratio de 2,5 habitants par abonné, on obtient 130 m³. Les 8 m³ manquants pour atteindre 138 correspondent aux usages non domestiques, inclus dans le chiffre par abonné et exclus du chiffre par habitant.

Peut-on comparer sa commune à la moyenne nationale ?

Avec beaucoup de prudence. L'éditeur qualifie lui-même son ratio d'ordre de grandeur, à considérer avec précaution, notamment parce que la ventilation entre usages domestiques et non domestiques est mal renseignée. Une comparaison fine entre territoires n'est pas fondée.

Comment se répartissent ces 143 litres entre les usages du logement ?

Nous n'avons identifié aucune source primaire française publiant cette ventilation. Les répartitions largement diffusées, du type tant de pourcents pour les toilettes ou pour la douche, n'ont pas de source primaire datée identifiable. Nous ne les reprenons pas.

Sources

  1. Volume d'eau potable consommé par habitant par jour en 2024, chiffre clé et historiqueOffice français de la biodiversité, observatoire SISPEA, diffusion OiEau — consulté le
  2. Rapport national des données SISPEA, exercice 2024, publié le 25 juin 2026Office français de la biodiversité — consulté le
  3. Part du volume d'eau mis en distribution perdu par fuite dans les canalisations en 2024Office français de la biodiversité, observatoire SISPEA — consulté le