Réseau
Quatre opérateurs ne veulent pas dire quatre pylônes
Les données ouvertes de l'ANFR permettent de compter les supports radio et les opérateurs d'une commune. Méthode rejouable, et ce que le comptage ne dit pas.
Quatre opérateurs mobiles couvrent votre commune. Cela ne dit rien du nombre de pylônes.
À Istres, les données ouvertes de l’ANFR retournent 450 lignes d’émetteurs autorisés. Ces 450 lignes se réduisent à 40 supports physiques. Et sur ces 40 supports, 26 ne portent qu’un seul opérateur.
À Nice, 3 746 lignes, 371 supports, dont 258 mono-opérateur.
Soit 65 % à Istres et 70 % à Nice. La mutualisation physique est minoritaire dans les deux cas.
Cette information est publique, gratuite, et rejouable en une requête. Voici comment.
Une ligne n’est pas une antenne
Le piège est dans la première colonne.
Le jeu de données de l’ANFR compte 826 756 lignes. Chacune correspond à un émetteur autorisé, c’est-à-dire à une combinaison d’un opérateur, d’un système radio et d’un support.
Un même pylône portant quatre opérateurs en 2G, 3G, 4G et 5G peut donc générer une dizaine de lignes à lui seul.
Additionner les lignes pour en déduire un nombre d’antennes produit une surestimation massive. C’est l’erreur la plus fréquente sur ce jeu.
La bonne unité est le champ d’identifiant de support : il désigne le pylône, le château d’eau ou le toit-terrasse. Compter ses valeurs distinctes donne le nombre de supports.
La méthode, en six étapes
Il faut le code INSEE de la commune. Attention pour Paris : le code 75056 ne retourne rien, il faut interroger les arrondissements, de 75101 à 75120.
L’API s’interroge sur le portail de données de l’ANFR, via le chemin /d4c/. Ce détail compte : les variantes d’URL documentées ailleurs renvoient une erreur.
curl -sSL -G "https://data.anfr.fr/d4c/api/records/1.0/search/" \
--data-urlencode "dataset=observatoire_2g_3g_4g" \
--data-urlencode "refine.code_insee=13047" \
--data-urlencode "rows=10000"
Ensuite, trois opérations sur le résultat :
- dédoublonner sur l’identifiant de support, pour obtenir le nombre de supports ;
- pour chaque support, relever les noms d’opérateurs distincts ;
- filtrer sur le statut si l’on veut des sites réellement actifs.
Ce dernier point mérite un arrêt.
« Autorisé » ne veut pas dire « qui émet »
Sur les 450 lignes d’Istres, le statut se répartit ainsi : 338 en service, 84 déclarées techniquement opérationnelles, 28 en projet approuvé.
À Nice, sur 3 746 lignes : 2 841 en service, 633 techniquement opérationnelles, 272 en projet approuvé.
Sans filtre, un décompte mélange donc des installations qui émettent et des installations qui n’existent pas encore.
Le même écart se lit à l’échelle nationale. Au 1er septembre 2026, 56 169 sites 5G sont autorisés. 50 182 sont déclarés techniquement opérationnels, soit 89,3 %.
Et le mot « déclarés » est important : cette opérationnalité repose sur les déclarations des opérateurs à l’ANFR, pas sur une mesure du régulateur.
Troisième catégorie encore, les sites commercialement ouverts, suivis par l’Arcep et non par l’ANFR. Trois décomptes différents pour un même parc.
Ce que le comptage révèle sur la redondance
C’est l’intérêt réel de l’exercice.
Un support qui ne porte qu’un seul opérateur n’offre aucune redondance à cet endroit : si l’opérateur tombe, il n’y a pas d’alternative sur ce point haut.
Mais l’inverse mérite autant d’attention. Un support qui porte les quatre opérateurs les coupe tous les quatre s’il tombe. La mutualisation économise du béton et concentre le risque.
Les deux communes testées donnent des profils proches, 65 % et 70 % de supports mono-opérateur, ce qui suggère que la concentration n’est pas un phénomène urbain ou rural.
À l’échelle nationale, l’Arcep note par ailleurs que 70 % des sites d’antennes en France ne sont plus la pleine propriété des opérateurs télécoms, et que dans les zones reculées, « la couverture est assurée par un seul opérateur ».
Le droit vous donne accès à plus que ça
Deux droits sont peu connus.
Le maire peut exiger d’un opérateur un état des lieux des installations existantes et une simulation de l’exposition générée par le projet. Tout occupant d’un logement peut accéder aux mesures d’exposition qui y ont été réalisées.
Ces droits reposent sur l’article L34-9-1 du code des postes et des communications électroniques, issu de la loi du 9 février 2015, complété par un décret et un arrêté de 2016.
Un point de vigilance sur les délais. Le dossier d’information mairie doit être déposé un mois avant la demande d’autorisation d’urbanisme, sauf accord du maire sur un délai plus court.
Le délai de deux mois circule encore dans des documents administratifs, notamment une note interministérielle de 2017 antérieure à la loi ELAN. Ce n’est plus le droit en vigueur.
Deux chiffres qui ne se comparent pas
Un exemple de piège de périmètre, parce qu’il revient souvent.
Un livre blanc d’avril 2025 écrit que les opérateurs mobiles déploient près de 40 000 sites radio pour leurs réseaux 4G. L’ANFR compte 72 557 sites 4G autorisés.
Les deux chiffres ne sont pas contradictoires. Ils ne comptent pas la même chose : des autorisations par opérateur et par bande d’un côté, des sites physiques mutualisés de l’autre.
Ni substituables, ni additionnables. C’est exactement le genre d’écart qui transforme une note de synthèse en contre-vérité quand on recopie un chiffre sans son périmètre.
Ce que personne ne publie
Cinq limites, toutes vérifiées sur les 23 champs du jeu.
L’autonomie électrique n’y est pas. Les champs décrivent l’implantation, la hauteur, les azimuts, la génération et le statut. Aucun ne mentionne l’existence ou la durée d’un secours sur batterie. Il est donc impossible d’établir, site par site, combien de temps une antenne tient sans courant à partir des données ouvertes.
La portée n’y est pas non plus. Le jeu donne les azimuts et la hauteur du support, jamais le rayon couvert. Toute portée avancée en kilomètres à partir de ces données est une extrapolation, pas une lecture.
Le comptage à l’adresse n’est pas rejouable par API. Le champ de coordonnées est stocké en texte et le filtre par distance ne retourne rien. Il faut passer par l’interface Cartoradio, dont les résultats ne s’exportent pas de façon vérifiable.
La mutualisation contractuelle est absente. Savoir qu’un support porte deux opérateurs ne dit pas s’ils partagent aussi la collecte, l’alimentation électrique ou le point de livraison énergétique. Or c’est cette dépendance partagée qui détermine la résilience réelle. L’Arcep l’écrit : « dans certains territoires, les infrastructures permettant à différents opérateurs d’offrir un service à leurs abonnés ne sont pas redondantes. »
Enfin, une limite que nous avons rencontrée en écrivant ce guide. Deux exécutions de la même requête, le même jour, ont donné 370 puis 371 supports à Nice. L’horodatage de modification du jeu tombe entre les deux.
La leçon n’est pas que les données sont douteuses. Elle est qu’un décompte à la ligne près n’est pas reproductible, et doit toujours se citer avec sa date et son heure. Les ratios, eux, n’ont pas bougé.
Questions fréquentes
Combien d'antennes couvrent exactement mon adresse ?
Les données ouvertes ne répondent pas à cette question. Elles permettent de compter les supports et les opérateurs d'une commune, pas d'une adresse. Pour une lecture site par site, il faut passer par Cartoradio, dont les résultats ne sont pas exportables de façon vérifiable.
Plusieurs opérateurs signifient-ils plusieurs pylônes ?
Non, et l'inverse est vrai aussi. À Istres, 26 supports sur 40 ne portent qu'un seul opérateur. Mais un même pylône peut porter les quatre : sa chute les coupe alors tous les quatre.
Un site autorisé par l'ANFR émet-il forcément ?
Non. Au 1er septembre 2026, 56 169 sites 5G sont autorisés et 50 182 déclarés techniquement opérationnels, soit 89,3 %. La catégorie des sites commercialement ouverts est une troisième notion, suivie par l'Arcep et non par l'ANFR.
Peut-on savoir combien de temps une antenne tient sans électricité ?
Pas avec ces données. Les 23 champs du jeu décrivent l'implantation, la hauteur, les azimuts, la génération et le statut. Aucun ne mentionne l'existence ni la durée d'un secours sur batterie.
Le jeu de données donne-t-il la portée d'une antenne ?
Non. Il donne les azimuts et la hauteur du support, jamais le rayon couvert. Toute portée avancée en mètres ou en kilomètres à partir de ce jeu est une extrapolation.
Deux personnes obtiennent-elles le même résultat le même jour ?
Pas nécessairement à la ligne près. Le jeu est mis à jour fréquemment : deux exécutions du 19 septembre 2026 ont donné 370 puis 371 supports à Nice, l'horodatage de modification du jeu tombant entre les deux. Les ratios, eux, sont restés identiques.
Sources
- Données sur les réseaux mobiles, jeu de données ouvert observatoire_2g_3g_4g
- Observatoire mensuel du déploiement des antennes relais
- Cartoradio, consultation des installations radioélectriques site par site
- Article L34-9-1 du code des postes et des communications électroniques
- Décret n° 2016-1211 relatif à l'information locale en matière d'exposition du public aux champs électromagnétiques
- Rôle des maires en matière d'information du public
- Données sur les installations radioélectriques de plus de 5 watts