Réseau
Le régulateur nomme les équipements concernés, personne ne les compte
Téléalarme d'ascenseur, interphone, alarme, télérelevé : ces équipements dépendent de réseaux dont l'extinction est datée. Ce qui est chiffré, et ce qui manque.
Le régulateur des télécoms publie une liste des équipements de bâtiment qui fonctionnent encore en 2G ou en 3G : alarmes connectées et télésurveillance, téléalarmes d’ascenseurs, systèmes de pilotage du chauffage, interphones et visiophones connectés.
C’est le seul document officiel qui nomme ces équipements comme exposés.
Il ne contient aucun chiffre. Ni combien d’interphones, ni combien d’alarmes, ni quelle autonomie, ni quel comportement une fois le réseau éteint.
D’un côté des dates d’extinction fermes et publiques. De l’autre un parc d’équipements que personne ne compte. Ce guide tient dans cet écart.
Les dates, opérateur par opérateur
L’extinction de la 2G n’est pas un événement unique. C’est une série de vagues, propres à chaque opérateur.
Le principal opérateur a commencé le 31 mars 2026 à Bayonne, Anglet et Biarritz, puis le 12 mai 2026 dans les Pyrénées-Atlantiques et les Landes, puis le 9 juin 2026 dans sept départements du Sud-Ouest. La généralisation sur tout le territoire métropolitain est annoncée de fin septembre à fin décembre 2026.
Un deuxième opérateur annonce un arrêt au 15 novembre 2026.
Un troisième commence le 15 novembre 2026 à Brest, Guipavas, Nancy et Vandœuvre-lès-Nancy, avec généralisation du 1er au 15 décembre 2026.
Le quatrième n’a pas de réseau 2G en propre et suit le calendrier du premier.
Pour la 3G, les échéances s’étalent davantage : 2028, fin 2028, fin 2029 selon l’opérateur, et une date non encore annoncée pour le dernier.
À Mayotte, le calendrier est distinct : extinction 2G fin 2026 et le 30 novembre 2026 selon l’opérateur, extinction 3G en 2028 et fin 2027.
Conséquence pratique, souvent mal comprise : la date à laquelle une téléalarme cesse de communiquer dépend de la carte SIM qu’elle contient, pas de l’endroit où se trouve le bâtiment.
Les ascenseurs, seul parc chiffré
Une fédération professionnelle avance les seuls chiffres disponibles : environ 230 000 ascenseurs fonctionnent encore en 2G et près de 60 000 en 3G, sur un parc d’environ 661 000 appareils, à fin 2025.
Soit environ 35 % du parc pour la seule 2G.
Une précision de cette même source mérite d’être reprise, car elle corrige une inquiétude fréquente : « ce n’est pas le fonctionnement de l’ascenseur qui est impacté, mais uniquement son système de communication ».
L’ascenseur continuera de monter et de descendre. Ce qui disparaît, c’est la possibilité d’appeler depuis la cabine en cas de blocage.
Ces chiffres doivent être lus pour ce qu’ils sont : une estimation émanant d’une organisation professionnelle, qui a par ailleurs demandé un report des échéances d’extinction. Aucune source publique indépendante ne les a recoupés, et le parc total lui-même est donné comme approximatif.
Le seul équipement réglementé
Parmi tous ces dispositifs, un seul fait l’objet d’une obligation.
Depuis le 1er avril 2026, les moyens d’alerte d’un ascenseur doivent faire l’objet d’une « vérification toutes les six semaines du bon fonctionnement des moyens d’alerte et de communication avec un service d’intervention ».
Et le remplacement est imposé lorsque le dispositif fonctionne via le réseau téléphonique commuté ou un réseau mobile de troisième génération ou antérieur.
L’interphone, l’alarme, le pilotage du chauffage ne bénéficient d’aucune obligation équivalente. Ils sont nommés par le régulateur comme exposés, sans qu’aucun texte n’impose de les traiter.
Le cuivre, et la propriété qu’on perd sans le savoir
La fermeture du réseau cuivre a été engagée à partir de 2023, par lots, avec un achèvement prévu en 2030. Un seul opérateur en détient 99,99 %.
L’enjeu, pour les équipements de bâtiment, n’est pas la perte de débit. C’est la perte de la téléalimentation.
La ligne téléphonique cuivre transportait un courant faible depuis le central. Certains dispositifs continuaient donc de fonctionner pendant une coupure électrique locale. Cette propriété disparaît avec le cuivre, sans qu’aucun équipement de remplacement ne la reproduise.
La chaîne du télérelevé, décrite mais pas mesurée
Pour les compteurs électriques communicants, l’architecture est publiée par le gestionnaire de réseau lui-même.
Les données remontent par courant porteur en ligne sur le réseau basse tension jusqu’à un concentrateur situé en poste de distribution, puis empruntent le réseau mobile jusqu’aux centres de données. Le portail interministériel confirme que le concentrateur envoie les données « en utilisant le réseau d’antennes-relais de téléphonie mobile existant ».
Cette description suffit à déduire le comportement en cas de coupure. Sans électricité sur le départ basse tension, la remontée s’arrête. Et si l’antenne qui dessert le concentrateur est elle-même coupée, la chaîne est rompue même là où le courant est revenu.
Une étude publiée donne un ordre de grandeur de la dépendance cellulaire : 18 959 et 25 682 postes de distribution nécessitant une connectivité, sur deux directions régionales. Ces nombres portent sur un périmètre d’étude théorique limité à deux régions, et ne doivent pas être extrapolés à la France entière.
Ce que personne ne publie
L’autonomie sur batterie d’un interphone, d’un visiophone ou d’une alarme résidentielle n’est publiée par aucune source primaire française. Ni le régulateur des télécoms, ni l’agence des fréquences, ni un ministère, ni une juridiction financière.
Nous ne comblerons pas ce trou avec des ordres de grandeur constructeur. Pour un équipement donné, la réponse se trouve dans le contrat de maintenance ou dans un test.
Le comportement hors ligne n’est pas documenté davantage. On ne sait pas publiquement si une alarme connectée passe en mode dégradé, déclenche une alerte locale, ou reste simplement muette. Cette information conditionne pourtant l’utilité réelle du dispositif en situation de crise.
Aucune volumétrie n’existe pour les interphones, les alarmes et les systèmes de chauffage connectés. Le régulateur les liste, la fédération chiffre les seuls ascenseurs. Entre les deux, le nombre de logements concernés est inconnu.
L’autonomie de la chaîne de télérelevé n’est pas publiée non plus : le livre blanc décrit l’architecture et dénombre des postes, sans indiquer combien de temps tient un concentrateur ou un compteur.
Enfin, un texte annoncé qu’il ne faut pas confondre avec le droit en vigueur. L’arrêté de 1990 fixant les consignes de délestage ne place pas les télécommunications parmi les usagers en service prioritaire. Une refonte destinée à les y intégrer est annoncée, avec un objectif de publication avant la fin de l’année 2026. Elle n’est pas publiée à ce jour, et l’écrire autrement serait présenter une intention comme une règle.
Questions fréquentes
Mon compteur communicant continue-t-il de remonter des données pendant une coupure ?
Non sur le départ concerné. La chaîne passe par le courant porteur en ligne sur le réseau basse tension jusqu'à un concentrateur en poste de distribution, puis par le réseau mobile. Sans électricité sur ce départ, la remontée s'interrompt, et si l'antenne desservant le concentrateur est coupée, la chaîne l'est aussi.
La téléalarme de mon ascenseur va-t-elle cesser de fonctionner ?
Si elle utilise encore le réseau téléphonique commuté, la 2G ou la 3G, oui, à l'échéance de l'opérateur concerné. Depuis le 1er avril 2026, le remplacement de ces dispositifs fait partie des obligations d'entretien.
L'ascenseur lui-même s'arrête-t-il ?
Non. La fédération professionnelle précise que ce n'est pas le fonctionnement de l'ascenseur qui est affecté, mais uniquement son système de communication. Ce qui disparaît, c'est la possibilité d'appeler de l'intérieur de la cabine.
Que deviennent l'interphone et l'alarme connectée de l'immeuble ?
Le régulateur les cite nommément comme équipements susceptibles de fonctionner encore en 2G ou 3G, mais ne publie ni volumétrie, ni autonomie, ni comportement hors ligne. La seule démarche vérifiable est un diagnostic auprès du fournisseur.
Combien d'interphones et d'alarmes sont concernés en France ?
Personne ne le publie. Le régulateur liste les familles d'équipements sans les compter, et seuls les ascenseurs font l'objet d'une estimation, émanant d'une fédération professionnelle.
Le chiffre de 230 000 ascenseurs est-il fiable ?
C'est un ordre de grandeur, pas une mesure. Il émane d'une fédération professionnelle, qui a par ailleurs demandé un report des échéances d'extinction. Aucune source publique indépendante ne l'a recoupé, et le parc total lui-même est donné comme approximatif.
Combien de temps ces équipements tiennent-ils sur batterie ?
Aucune source primaire française ne le publie, ni le régulateur, ni l'administration, ni une juridiction financière. Seuls un contrat de maintenance ou un test de terrain permettent de le savoir pour un équipement donné.
Sources
- Fermeture des réseaux mobiles 2G et 3G : ce qu'il faut anticiper
- La fermeture du réseau cuivre
- Téléalarme, extinction des réseaux 2G, 3G et RTC : les principales dates à retenir
- Décret n° 2026-166 du 4 mars 2026 visant à garantir la sécurité des ascenseurs face à l'arrêt de certains réseaux téléphoniques
- Livre blanc sur la connectivité des réseaux de distribution d'électricité
- Linky, comment ça marche