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Citilience

Fabrication

Le bénéfice environnemental n'est pas démontré, et l'agence le dit

Coûts réels, structure du prix, et une conclusion environnementale que l'agence publique n'a pas pu démontrer, faute de données de cycle de vie.

L’agence publique de la transition écologique a instruit deux fois la même question, à sept ans d’intervalle. Une première étude en 2017, une seconde en 2024.

Les deux fois, elle a conclu qu’elle ne pouvait pas trancher.

Voici la phrase exacte de 2024 : « Comme en 2017, les résultats obtenus révèlent que les avantages environnementaux de l’impression 3D ne sont pas flagrants et restent ainsi à démontrer. D’après l’analyse réalisée ici, les impacts environnementaux de l’impression 3D semblent être supérieurs à ceux d’un procédé de fabrication traditionnelle, et ce sur quasi l’ensemble des indicateurs étudiés. »

C’est le contraire de ce qu’on entend généralement sur le sujet. Ce guide explique pourquoi, et ce que l’étude apporte de solide par ailleurs.

Pourquoi la question n’a pas de réponse chiffrée

L’obstacle est explicite dans le rapport : « Compte-tenu du large périmètre de l’étude et de l’absence de données d’analyse de cycle de vie disponibles, une analyse multicritère simplifiée est menée pour analyser, de façon essentiellement qualitative, les bénéfices environnementaux potentiels de la réparation par impression 3D et de la réparation traditionnelle. »

Trois indicateurs seulement ont été retenus : consommation de matière, consommation d’énergie, production de déchets.

Et la partie qualitative repose sur deux entretiens d’acteurs.

Les tableaux comparatifs de l’étude n’utilisent donc pas des valeurs, mais des signes. Un « plus » signifie que le scénario d’impression 3D a un impact supérieur. Un « égal », un « moins ».

Conséquence directe pour qui veut citer cette étude : aucune conversion de ces signes en pourcentage n’est légitime. Il n’y a pas de nombre derrière.

Les deux réserves que l’agence publie elle-même

L’étude ne se contente pas de sa conclusion, elle la nuance sur deux points qu’il serait malhonnête d’omettre.

Le premier concerne le moule. L’agence écrit que « la prise en compte de la fabrication d’un moule, dans le cas de l’injection, qui concentre l’essentiel des impacts d’une fabrication traditionnelle, altérerait fortement les impacts environnementaux d’une fabrication de pièce détachée en moulage par injection ».

Autrement dit, la comparaison dépend du nombre de pièces produites. Un moule amorti sur des centaines de milliers d’unités et un moule fabriqué pour quelques pièces de rechange ne pèsent pas pareil. Ce paramètre n’est pas dans le modèle.

Le second concerne la localisation. L’étude publie cette exception : « dans les cas où la fabrication traditionnelle de la pièce de rechange aurait lieu hors de France, et en particulier dans une zone géographique avec un mix énergétique carboné, alors l’impression 3D pourrait bénéficier d’avantages sur d’autres indicateurs ».

C’est précisément le cas de figure d’une pièce de rechange pour un appareil grand public. L’arbitrage réel est donc moins tranché que la conclusion générale, et l’étude le reconnaît.

Ce que l’étude établit solidement : la structure du coût

Sur le volet économique, les données sont plus utilisables.

Une imprimante à dépôt de matière coûte de 299 à 1 200 euros. Un facteur 4 entre les deux bornes, l’agence notant que la technologie « s’est beaucoup démocratisée réduisant ainsi considérablement son coût ».

La matière : 20 euros le kilo de plastique d’origine végétale.

Le temps de machine facturé par un prestataire : de 3 à 10 euros l’heure selon la machine.

Mais le chiffre qui change la façon d’aborder le sujet est ailleurs : « Généralement, entre 60 et 70 % du prix de la pièce est axé sur la conception étant plus fastidieuse et longue que l’impression en elle-même. »

Autrement dit, l’impression représente 30 à 40 % du prix. Le reste est du travail de modélisation.

Cela réoriente complètement la question pratique. Avant de chercher où imprimer, il faut chercher si le fichier existe. Si oui, le projet coûte un tiers de ce qu’il coûterait sinon. Si non, il faut budgéter du temps de conception, qui ne se réduit pas avec l’accès à une meilleure machine.

Le piège du tarif horaire

Les 3 à 10 euros par heure sont un tarif commercial. Ils correspondent à ce que facture un prestataire professionnel d’impression, pas à un coût de revient, et surtout pas à un tarif d’accès à une machine dans un atelier partagé.

Nous insistons parce que la confusion est facile et qu’elle produit des estimations fausses dans les deux sens. Aucune source publique française ne publie de coût horaire machine en atelier partagé.

Les prestataires vivent de la réparation, mais l’échantillon est minuscule

Un constat intéressant de l’étude, à manier avec précaution.

Pour les petites structures interrogées, « leur principale activité est la modélisation et/ou impression 3D de pièces détachées destinées à la réparation et constitue environ 50 % de leurs revenus totaux ». Et « certains acteurs interrogés lors d’entretiens nous ont fait part qu’environ 9 clients sur 10 les sollicitent pour de la réparation ».

Ces deux valeurs viennent d’entretiens, sans échantillon défini, sans redressement. Ce sont des témoignages recueillis par une agence publique, pas une statistique de secteur. Nous les citons comme tels.

Ce qu’ils suggèrent quand même : la demande de réparation est le débouché réel de ces acteurs, bien avant le prototypage ou la création.

L’obligation légale qui n’est pas opérante

L’article 19 de la loi de février 2020 a inséré dans le code de la consommation une disposition prometteuse, que le rapport reproduit intégralement.

Le fabricant doit, pour certaines catégories de biens définies par décret, lorsqu’une pièce indispensable n’est plus disponible sur le marché et peut être fabriquée par impression 3D, fournir aux vendeurs professionnels ou aux réparateurs, agréés ou non, qui le demandent, le plan de fabrication de la pièce ou, à défaut, les informations techniques utiles à son élaboration.

Deux conditions encadrent cette obligation. Elle ne s’applique qu’aux catégories de biens définies par décret. Et elle vaut « sous réserve du respect des droits de propriété intellectuelle et en particulier sous réserve du consentement du détenteur de la propriété intellectuelle ».

Nous n’avons pas identifié de décret publié listant ces catégories. Et le rapport de 2024 en parle encore au futur, en écrivant que l’article de loi « demandera aux fabricants de partager » ces éléments.

En l’état de nos vérifications, cette obligation n’est donc pas opérante. Il faut aussi noter que le texte ne mentionne pas les particuliers : il ouvre un droit aux vendeurs professionnels et aux réparateurs, pas à l’utilisateur.

Ce que personne ne publie

Aucune analyse de cycle de vie. C’est le constat central, répété de 2017 à 2024, l’agence écrivant qu’elle s’est « une nouvelle fois heurtée à l’absence de données quantitatives robustes pour un périmètre aussi large ». Toute comparaison chiffrée entre impression 3D et moulage par injection est donc sans fondement disponible.

Aucune consommation électrique. Le rapport liste six paramètres influents, matériau, technologie, taux de rebuts, nombre de prototypes, réglages, environnement de production, sans publier une seule valeur en kilowattheures.

Aucun recensement du parc machines. L’agence en fait explicitement une action à créer, ce qui établit qu’il n’existe pas. Il n’y a donc aucune base publique du nombre d’imprimantes 3D accessibles en France.

Un mot sur la source elle-même, parce que sa datation est confuse. La page de la librairie affiche une édition d’avril 2024 et une mise en ligne au 24 avril 2024. La fiche technique du fichier indique une mise en ligne au 15 avril 2025. Et la citation officielle du rapport, telle que l’agence la prescrit, porte l’année 2023. Nous citons l’étude comme datant d’avril 2024 en signalant cet écart.

Enfin, un élément de contexte qui n’est pas un argument scientifique mais qui mérite d’être connu. Un syndicat professionnel du numérique a contesté devant la Commission européenne la portée justificative de cette étude pour fonder de nouvelles obligations. Nous n’avons pas vérifié la source primaire de ce dossier, et nous ne l’utilisons donc ni pour ni contre les conclusions de l’agence.

Questions fréquentes

Imprimer une pièce en 3D est-il plus écologique que commander une pièce d'usine ?

Les données publiques ne permettent pas de l'affirmer, et l'agence conclut l'inverse en tendance. Elle écrit qu'il est difficile de réaliser une étude comparative quantifiée, essentiellement par manque de données primaires ou bibliographiques exhaustives, et que les impacts de l'impression semblent supérieurs sur la quasi-totalité des indicateurs étudiés.

Pourquoi l'agence ne tranche-t-elle pas la question ?

Parce qu'aucune donnée d'analyse de cycle de vie n'était disponible. Elle a conduit une analyse multicritère simplifiée, essentiellement qualitative, sur trois indicateurs, et complétée par deux entretiens d'acteurs. Sa conclusion de 2024 est identique à celle de 2017.

Cette conclusion est-elle définitive ?

L'agence publie elle-même une réserve qui la nuance : prendre en compte la fabrication d'un moule, qui concentre l'essentiel des impacts d'une fabrication traditionnelle par injection, altérerait fortement les impacts environnementaux de cette dernière. La comparaison dépend donc du volume produit, qui n'est pas paramétré dans l'étude.

Qu'est-ce qui coûte cher dans une pièce imprimée ?

La conception, pas la machine. De 60 à 70 % du prix porte sur la conception, l'agence précisant qu'elle est plus fastidieuse et plus longue que l'impression elle-même. Le reste dépend du temps d'impression et du matériau utilisé.

Un fabricant est-il obligé de fournir le fichier 3D d'une pièce qu'il ne vend plus ?

L'obligation figure à l'article L. 441-3 du code de la consommation, mais elle est doublement conditionnée : aux catégories de biens définies par décret, et au consentement du détenteur de la propriété intellectuelle. Nous n'avons pas identifié de décret publié listant ces catégories, et le rapport de 2024 évoque encore l'obligation au futur.

Combien consomme une imprimante 3D ?

Cette donnée n'est pas disponible. Le rapport liste six paramètres influant sur la consommation, matériau, technologie, taux de rebuts, nombre de prototypes, réglages et environnement de production, sans publier aucune valeur en kilowattheures.

Combien d'imprimantes 3D sont accessibles au public en France ?

Cette donnée n'existe pas. L'agence fait explicitement du référencement et de la certification des lieux de fabrication et de leur parc machines une action à créer, ce qui établit qu'aucun recensement n'est disponible aujourd'hui.

Sources

  1. Impression 3D et réparation : état des lieux et pistes d'actionsAgence de la transition écologique, étude réalisée par In Extenso Innovation Croissance — consulté le
  2. Encourager la réparation via l'utilisation de l'impression 3D et des espaces de fabrication numériqueAgence de la transition écologique — consulté le
  3. Loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaireVie publique, Direction de l'information légale et administrative — consulté le