Fabrication
Deux notes sur dix, et aucune ne mesure la même chose
Deux notes sur 10, cinq catégories d'un côté, deux de l'autre, et trois dates officielles contradictoires pour la même bascule. Ce que les chiffres disent vraiment.
Vous êtes devant une étagère en magasin, vous voulez faire un choix éclairé, et vous tombez sur ça.
Deux notes sur dix.
Elles se ressemblent. Elles ont les mêmes couleurs. Et pourtant elles ne mesurent pas la même chose. Et selon le produit, ce n’est pas la même qui s’applique.
Trois choses à savoir pour comprendre cet affichage :
- cinq catégories de produits portent encore la note de réparabilité : ordinateurs portables, tondeuses à gazon, lave-vaisselle, aspirateurs et nettoyeurs haute pression ;
- deux catégories sont passées à la note de durabilité : les téléviseurs et les lave-linge ménagers ;
- un produit ne porte jamais les deux notes à la fois.
La bascule est progressive, catégorie par catégorie. D’où cette situation transitoire, et très confuse.
Donc la confusion n’est pas la vôtre. C’est celle d’un dispositif qui a changé de note au milieu de son déploiement.
Ce que la note additionne, et ce qu’elle ignore
Beaucoup de gens voient ces deux notes. Peu savent ce qu’elles contiennent réellement.
La note de réparabilité est construite sur cinq critères :
- la documentation technique ;
- la démontabilité, qui couvre l’accès aux pièces, les outils nécessaires et le type de fixations ;
- la disponibilité des pièces détachées ;
- le prix des pièces détachées ;
- un critère spécifique à la catégorie de produit.
Chaque critère reçoit une note, les cinq notes sont additionnées, puis le total est divisé par dix pour donner la note affichée.
La note de durabilité, elle, est composée de deux familles :
- la réparabilité, donc l’équivalent de la note précédente ;
- la fiabilité, qui intègre la résistance aux contraintes et à l’usure, la facilité de maintenance et d’entretien, ainsi que l’existence d’une garantie commerciale.
Cette différence de contenu a une conséquence directe. Un produit facile à réparer mais fragile obtient une bonne note de réparabilité, et une note de durabilité plus basse. À l’inverse, un produit robuste mais difficile à réparer s’en sort mieux sur la durabilité que sur la réparabilité.
Les deux notes ne sont donc pas deux versions de la même mesure. Elles ne répondent pas à la même question.
Trois dates officielles pour un même changement
Trois sources publiques donnent trois dates différentes pour la même bascule.
Il s’agit du passage de la note de réparabilité à la note de durabilité, pour les téléviseurs et les lave-linge. Les trois documents coexistent, et aucun ne renvoie aux autres.
- Le ministère indique le 8 janvier 2025 pour les téléviseurs et le 8 avril 2025 pour les lave-linge.
- Une fiche destinée aux professionnels indique le 7 janvier et le 7 avril.
- La documentation du schéma de données indique le 5 janvier et le 5 avril.
Trois dates, un seul changement.
Concrètement, ça veut dire deux choses.
On ne peut pas publier une date de bascule sans signaler l’écart, sous peine d’affirmer avec assurance quelque chose que deux autres sources publiques contredisent.
Et un fabricant ou un distributeur qui voudrait savoir à partir de quand il était en infraction n’a pas de réponse univoque.
Rien n’indique une intention. C’est une anomalie documentaire, et elle est restée en place.
Mais elle illustre un point de méthode : une date lue sur un site officiel n’est pas une date vérifiée. Elle le devient quand on a regardé si les autres sources disent la même chose.
Le détail du calcul est un droit, et il a un délai
Connaissez-vous le droit d’obtenir le détail du calcul de ces notes ?
Le détail des éléments pris en compte dans la notation doit être communiqué par voie électronique à toute personne qui en fait la demande.
Ce que prévoit le texte :
- communication par voie électronique ;
- délai de 5 jours ouvrés pour la note de durabilité, 15 jours pour la note de réparabilité ;
- obligation valable au moins 2 ans après la mise sur le marché de la dernière unité du modèle.
À quoi ça sert concrètement ?
Imaginons deux appareils affichant la même note. On pourrait croire qu’ils sont équivalents. Mais la note est une somme : sans le détail, on ne sait pas si elle est portée par une bonne disponibilité des pièces, ou par leur prix faible, ce qui n’a rien à voir.
Un appareil dont la note repose sur des pièces peu chères mais difficiles à obtenir, et un appareil dont la note repose sur des pièces disponibles longtemps, ne coûteront pas la même chose à réparer dans cinq ans.
C’est le seul moyen de faire la différence entre les deux. Et il tient en une demande par courriel.
Une note ne veut rien dire sans sa distribution
7,5. Bonne note ou mauvaise note ?
Ça dépend de la catégorie. J’ai fait le calcul sur les fichiers publiés par les fabricants. Ce ne sont pas des chiffres publiés tels quels, mais un calcul sur des données publiques.
Pour les téléviseurs, sur 1 240 modèles déclarés, la note va de 2,3 à 9,1, avec une moyenne de 6,99 et une médiane de 7,2.
Pour les lave-linge, sur 1 566 modèles déclarés, elle va de 4,83 à 9,38, avec une moyenne de 8,23 et une médiane de 8,4.
L’écart entre les deux moyennes est de 1,24 point.
Donc 7,5 est au-dessus du lot pour un téléviseur, et en dessous pour un lave-linge. La même note, deux verdicts opposés.
Comparer la note d’un téléviseur à celle d’un lave-linge n’a aucun sens. Et juger une note isolée, sans savoir comment se répartit sa catégorie, n’en a pas davantage.
Deux produits, deux raisons d’avoir une bonne note
Une note globale ne dit pas d’où elle vient. Les fichiers publiés, eux, la décomposent.
Pour les lave-linge, la note de réparabilité moyenne atteint 8,86 quand la fiabilité plafonne à 7,61. La bonne note globale de la catégorie est donc portée par la réparabilité : ces machines sont plutôt faciles à réparer, un peu moins fiables.
Pour les téléviseurs, c’est l’inverse : 6,82 de réparabilité pour 7,15 de fiabilité.
Pourquoi ça compte ? Prenons deux produits affichant la même note globale. L’un tient sa note d’une excellente réparabilité et d’une fiabilité moyenne. L’autre d’une bonne fiabilité et d’une réparabilité médiocre.
Le premier tombera en panne plus souvent, mais se réparera. Le second durera plus longtemps, mais sera difficile à remettre en état le jour où il lâchera.
Sur dix ans, ces deux profils ne coûtent pas la même chose. La note affichée ne permet pas de les distinguer : c’est le tableau de détail qui le permet.
Précision utile : cette décomposition est un calcul sur les fichiers déclarés, pas une statistique publiée.
Des modèles déclarés, pas un marché
Peut-on déduire de ces données la note moyenne des appareils réellement achetés en France ?
Non.
Les fichiers consolidés recensent les modèles pour lesquels les fabricants ont déposé leurs données de calcul, au titre d’une obligation réglementaire. Ils ne contiennent aucune information de volume de ventes.
Aucune pondération n’est donc possible. Une moyenne calculée sur ces fichiers décrit un catalogue de modèles référencés, pas un marché.
Un modèle vendu à trois exemplaires y pèse autant qu’un modèle vendu à trois cent mille.
Et pour la note de réparabilité ? Le répertoire équivalent repose sur une déclaration volontaire. Il n’existe donc pas de base consolidée exploitable pour les cinq catégories restées sous cette note.
Autrement dit : les chiffres de la section précédente sont solides sur ce qu’ils mesurent, et muets sur ce que les Français achètent.
Ce que personne ne publie
Trois manques, sur un dispositif par ailleurs bien documenté.
Le poids exact de chaque sous-critère dans la note n’est pas publié en page web. Il figure dans les grilles de calcul par catégorie, diffusées en archives téléchargeables. Toute affirmation du type « la disponibilité des pièces pèse tel pourcentage de la note » est donc non vérifiable en l’état.
Les résultats des contrôles de l’affichage ne sont pas publiés : ni le nombre de contrôles, ni le taux de non-conformité, ni les montants d’amendes. Impossible de savoir si la note affichée en rayon correspond à la note déclarée.
L’effet de la note sur les comportements d’achat n’est décrit qu’au conditionnel par l’administration elle-même, sans aucun chiffre. Cette phrase ne se transforme pas en effet mesuré.
Sur ces trois points, l’absence de donnée ne prouve rien. Elle n’indique ni que le dispositif fonctionne, ni qu’il échoue. Elle indique qu’on ne sait pas.
Questions fréquentes
Un même produit peut-il porter les deux indices ?
Non. Le code de l'environnement prévoit que l'indice de durabilité remplace l'indice de réparabilité à compter de l'entrée en vigueur des obligations pour la catégorie concernée. Deux catégories sont aujourd'hui passées à la durabilité, cinq restent sous la réparabilité.
Quelle différence de contenu entre les deux notes ?
L'indice de réparabilité mesure cinq critères de réparabilité uniquement. L'indice de durabilité combine deux familles de critères : la réparabilité, et la fiabilité, qui tient compte de la résistance aux contraintes et à l'usure, de la facilité de maintenance et de l'existence d'une garantie commerciale.
Depuis quelle date exactement l'indice de durabilité s'applique-t-il ?
Trois dates différentes circulent, toutes sur des sites publics de l'État, et aucune ne cite les autres. Le ministère indique le 8 janvier 2025 pour les téléviseurs et le 8 avril pour les lave-linge, une fiche administrative le 7 janvier et le 7 avril, la documentation technique d'Etalab le 5 janvier et le 5 avril. Nous ne tranchons pas.
Les smartphones portent-ils encore un indice de réparabilité ?
Non. Depuis juin 2025 ils relèvent d'une étiquette énergie, et l'arrêté catégoriel du 29 décembre 2020 qui les concernait a été abrogé par un arrêté du 26 juin 2025.
Quel sous-critère pèse le plus dans la note ?
Cette information n'est pas publiée en page web. Le poids relatif de chaque sous-critère figure uniquement dans les grilles de calcul par catégorie, diffusées en archives téléchargeables. Toute affirmation du type « la disponibilité des pièces pèse tel pourcentage de la note » est donc non vérifiée.
Combien de contrôles et de sanctions sur l'affichage des indices ?
Aucune donnée publique n'a été trouvée sur le nombre de contrôles, le taux de non-conformité ou les montants d'amendes. C'est une lacune documentaire, et non un signe que l'obligation est respectée.
Sources
- Indice de réparabilité : catégories concernées, critères et textes d'application
- Indice de durabilité : produits concernés et calendrier
- Indice de réparabilité et indice de durabilité : obligations des professionnels, fiche F38092
- Décret n° 2020-1757 du 29 décembre 2020 relatif à l'indice de réparabilité des équipements électriques et électroniques
- Schéma de données de l'indice de durabilité
- Fichiers consolidés des données respectant le schéma indice de durabilité, téléviseurs
- Fichiers consolidés des données respectant le schéma indice de durabilité, lave-linge
- Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, article 16