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Citilience

Réseau

Deux crises documentées, aucun débit publié, une dépendance constatée

Le satellite a servi lors de deux crises françaises. Ce que les sources publiques établissent, et la dépendance qu'elles constatent.

Le satellite est l’option de secours la plus citée quand on parle de continuité des communications. C’est aussi celle sur laquelle les sources publiques françaises publient le moins de chiffres.

Deux crises documentées, une contrainte d’encombrement, une dépendance constatée : voilà ce qui existe. Aucun débit, aucune latence, aucun prix, aucune autonomie.

Ce guide s’en tient à cette matière, et signale les endroits où les chiffres qui circulent ne viennent d’aucune source publique.

Deux crises, deux enseignements opposés

Lors de la tempête Alex, en octobre 2020 dans les Alpes-Maritimes, le retour d’expérience des autorités est explicite. Les solutions satellitaires, téléphones et kits d’accès à Internet mis à disposition par un opérateur télécom et par le gestionnaire du réseau électrique, ont été « essentielles pour permettre à des services de secours ou des collectivités parmi les plus sinistrées de pouvoir communiquer ».

C’est un usage réel, en crise réelle, rapporté par le régulateur des communications électroniques à partir du retour d’expérience du service interministériel départemental de protection civile.

Après le cyclone Chido à Mayotte, en décembre 2024, l’organisme parlementaire chargé du numérique tire une conclusion d’une autre nature : « Dans le domaine satellitaire, le cyclone Chido à Mayotte a démontré notre dépendance aux solutions proposées par les satellites en orbite basse de Starlink. »

Les deux constats sont compatibles. Le satellite fonctionne. Et en France, ce qui fonctionne relève aujourd’hui d’un opérateur privé non européen.

Une précaution de lecture : ce second constat n’est accompagné d’aucune volumétrie. Ni nombre de terminaux déployés, ni part du trafic de crise acheminée, ni durée d’usage. C’est une appréciation politique documentée, pas une mesure.

L’argument d’indépendance électrique, et sa limite exacte

Le livre blanc du gestionnaire du réseau de distribution électrique écrit que « les relais satellite ne sont pas dépendants des incidents sur le réseau électrique ».

Cette phrase est vraie et elle est souvent mal citée.

Elle porte sur le relais spatial. Le satellite en orbite ne subit pas la panne électrique du quartier, évidemment.

Elle ne dit rien du terminal au sol. Une antenne satellite consomme, et si elle est branchée sur le secteur du bâtiment, elle s’éteint avec lui.

Aucune source primaire française ne publie la consommation d’un terminal satellitaire grand public, ni la durée pendant laquelle une batterie donnée le tiendrait. C’est pourtant la question décisive pour un usage de secours.

Nous ne pouvons donc pas répondre à la question la plus pratique du sujet, et nous préférons le dire que de reprendre une valeur de constructeur sans mesure indépendante.

La contrainte physique, chiffrée une seule fois

Le même livre blanc donne la seule dimension chiffrée disponible, et c’est pour rejeter la solution.

Le passage mérite d’être cité intégralement : « le facteur de forme actuel des antennes paraboliques ou planes (technologie “phased array”), même s’il a fortement diminué (ex : 30x26cm pour la petite dernière Starlink Mini), reste rédhibitoire pour une installation sur un poste basse tension (encombrement, horizon dégagé, protection face aux intempéries et au vandalisme). »

Trente centimètres par vingt-six. C’est une donnée constructeur, citée dans un document d’industriels, pas une mesure indépendante.

Mais les trois motifs de rejet sont transposables à un immeuble : il faut de la place, un horizon dégagé, et une protection contre les intempéries et le vandalisme. Un balcon orienté nord dans une rue étroite ne remplit pas la deuxième condition.

Quelle orbite, et pourquoi

Le livre blanc classe les options selon leur aptitude aux exigences de résilience.

Pour les satellites géostationnaires, utilisés par les offres professionnelles classiques, la latence est jugée difficile à tenir. La distance impose un temps d’aller-retour que la physique ne permet pas de réduire.

Les orbites moyenne et basse, en revanche, « permettent de satisfaire les performances attendues ».

C’est le critère de tri le plus discriminant entre les offres du marché, et le seul que les sources publiques permettent d’appliquer.

Mais la conclusion générale du document est prudente : « à date, rien ne laisse présager la disponibilité dans un horizon proche d’une solution répondant au crible d’exigences, avec une antenne présentant un encombrement similaire aux solutions cellulaires. »

Deux ou trois stations terrestres suffiraient par ailleurs à sécuriser un lien satellitaire à l’échelle nationale, selon la même évaluation d’ingénierie. Le point de fragilité au sol est donc très concentré.

Le programme européen, et ce qu’il ne dit pas encore

Un programme européen de connectivité sécurisée existe, établi par un règlement du 15 mars 2023 pour la période 2023-2027. Son marché a été attribué à un consortium de trois opérateurs satellitaires européens, attribution mentionnée comme récente en avril 2025.

C’est la réponse institutionnelle à la dépendance constatée.

Ce que les sources consultées ne donnent pas : aucune date de service commercial, aucune capacité, aucun prix. Attribuer un marché n’est pas rendre un service disponible.

Ce que le droit dit, et ne dit pas

Le code des postes et des communications électroniques impose aux opérateurs une continuité d’exploitation, dont les redondances, et des mesures techniques à un niveau adapté au risque existant. Un lien satellitaire peut entrer dans ce cadre comme moyen de secours.

Le même code prévoit un régime d’information locale pour les installations radioélectriques soumises à accord ou avis de l’agence nationale des fréquences. Ce point est à vérifier avant toute installation fixe d’antenne sur un immeuble.

En revanche, et c’est important pour éviter un contresens répandu : aucun texte français consulté n’impose ni n’encadre spécifiquement un lien satellitaire de secours pour un immeuble d’habitation.

Dans les sources, le satellite apparaît comme un moyen de gestion de crise mis à disposition par des opérateurs ou des collectivités. Pas comme une obligation, et pas comme un équipement résidentiel documenté.

Ce que nous ne publions pas

Aucun débit ni latence d’offre satellitaire grand public n’est publié par une source publique française. Les valeurs qui circulent sont des ordres de grandeur constructeur. Les citer supposerait de les attribuer nommément à leur auteur commercial en signalant l’absence de mesure indépendante, ou de les mesurer soi-même.

Aucune volumétrie pour la dépendance constatée après Chido, nous l’avons dit.

Aucun calendrier opérationnel chiffré pour le programme européen.

Aucune donnée sur l’installation en copropriété : ni conditions juridiques, ni contraintes techniques, ni consommation d’une antenne de secours sur un bâtiment d’habitation collective.

Et aucune autonomie sur batterie publiée pour les équipements de secours du bâtiment en général, interphone ou alarme comprise.

Questions fréquentes

Le satellite fonctionne-t-il quand l'électricité du quartier est coupée ?

Le relais spatial, oui : la source établit que les relais satellite ne sont pas dépendants des incidents sur le réseau électrique. Le terminal au sol, non : il faut l'alimenter localement, et aucune source primaire française ne publie sa consommation ni la durée pendant laquelle une batterie le tiendrait.

Le satellite a-t-il réellement servi lors d'une crise en France ?

Oui, lors de la tempête Alex d'octobre 2020. Des téléphones et kits d'accès à Internet mis à disposition par un opérateur télécom et par le gestionnaire du réseau électrique ont été qualifiés d'essentiels par le retour d'expérience des autorités. Après le cyclone Chido à Mayotte, l'organisme parlementaire compétent constate en revanche une dépendance à un opérateur non européen.

Quel débit et quelle latence attendre d'une liaison satellite de secours ?

Cette donnée n'est pas disponible. Aucune source publique française ne publie de débit ni de latence pour les offres satellitaires grand public. Les seules indications existantes sont qualitatives : les offres géostationnaires tiendraient difficilement les exigences de latence, les constellations en orbite moyenne et basse permettent de satisfaire les performances attendues.

Combien coûte un lien satellite de secours ?

Cette donnée n'est pas disponible dans les sources publiques consultées. Aucun prix, aucune capacité et aucun coût d'abonnement ne sont publiés, ni pour les offres existantes ni pour le programme européen en cours de déploiement.

Peut-on installer une antenne satellite de secours sur un immeuble en copropriété ?

Cette question n'est traitée par aucune source publique identifiée. Ni les conditions juridiques, ni les contraintes techniques, ni la consommation d'une antenne de secours installée sur un bâtiment d'habitation collective ne sont documentées. Le code des postes et des communications électroniques prévoit un régime d'information pour les installations radioélectriques, à vérifier avant tout projet.

Le droit français impose-t-il un lien satellitaire de secours ?

Non. Aucun texte français consulté n'impose ni n'encadre spécifiquement un lien satellitaire de secours pour un immeuble d'habitation. Le satellite apparaît dans les sources comme un moyen de gestion de crise mis à disposition par des opérateurs ou des collectivités, pas comme une obligation.

Combien de terminaux satellitaires ont été déployés à Mayotte après le cyclone ?

Cette donnée n'est pas disponible. L'avis qui constate la dépendance à un opérateur non européen ne publie aucune volumétrie : ni nombre de terminaux, ni part du trafic de crise acheminée, ni durée d'usage.

Sources

  1. Résilience des réseaux, note de synthèse de mai 2025Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse — consulté le
  2. Avis n° 2026-01 du 19 janvier 2026 sur la résilience et la robustesse des réseaux numériques et de télécommunicationsCommission supérieure du numérique et des postes — consulté le
  3. La résilience des réseaux cellulaires en soutien à la résilience des réseaux électriques, livre blancEnedis, avec Orange, Nokia, EDF R&D et Wavestone — consulté le
  4. Règlement (UE) 2023/588 du 15 mars 2023 établissant le programme de l'Union pour une connectivité sécuriséeUnion européenne, portail EUR-Lex — consulté le