Réseau
Quarante-huit heures visées, aucune autonomie mesurée publiée
Une métropole française a testé un réseau radio autonome en coupure totale. Ce qui est publié de ce dispositif, et les chiffres qui manquent.
Nous cherchions un maillage radio de voisinage français dont les débits soient mesurés et publiés. Nous n’en avons pas trouvé.
Ce que nous avons trouvé, c’est un dispositif réel, testé en coupure totale des réseaux, décrit dans un avis d’une commission parlementaire de janvier 2026. Un seul, sur tout le territoire.
Ce guide expose ce qui est publié de ce cas, parce que c’est le seul point d’appui existant. Et il liste précisément ce qui manque, parce que le manque est la principale information du sujet.
Le dispositif, tel qu’il est décrit
Une métropole du sud-est a déployé en 2022 un réseau expérimental de bulles radio autonomes en énergie, reliant cinq communes : Nice, Saint-Laurent-du-Var, Carros, Colomars et La Roquette-sur-Var.
L’objectif annoncé est explicite : permettre aux services de « continuer à communiquer pendant 48 heures dans l’hypothèse où les réseaux numériques et électriques seraient hors service ».
Il faut lire cette phrase pour ce qu’elle est. C’est une cible de dimensionnement, transmise par la collectivité et reprise par la commission. Ce n’est pas une autonomie mesurée lors d’un test.
La distinction paraît formelle. Elle ne l’est pas : entre une batterie dimensionnée pour 48 heures et une bulle qui a effectivement tenu 48 heures en conditions réelles, il y a tout l’écart qui sépare un cahier des charges d’un résultat.
Les exercices, et leur condition remarquable
Quatre exercices ont été conduits en 2023 : deux scénarios de séisme, deux scénarios d’inondation, sur quatre communes différentes.
Leur particularité tient en une phrase de l’avis : « Ces exercices ont été réalisés avec coupure totale des réseaux numériques et électriques, validant des fonctionnalités avancées comme la diffusion d’images de drones et les visioconférences entre le terrain et le PC de crise. »
Coupure totale. Pas une simulation sur table, pas un exercice avec réseaux disponibles en secours.
C’est ce qui rend ce cas utilisable comme référence, et c’est le critère à réclamer pour tout exercice de ce type. Un test de résilience réseau conduit avec le réseau allumé ne teste rien.
Ce que les exercices ont validé est également précis : des fonctionnalités, pas des performances. Diffusion d’images de drones, visioconférence. Aucun débit, aucune portée, aucune durée de tenue n’a été publié.
La montée en échelle
Cinq bulles tactiques mobiles ont été acquises en 2024. À partir de 2025, la métropole déploie un réseau permanent, « en commençant par les 21 communes du périmètre “Tempête Alex” ».
Un périmètre multiplié par 4,2 entre l’expérimentation et le déploiement.
Les technologies annoncées pour ce réseau permanent sont listées sans chiffrage : liaisons fibre, faisceaux hertziens, maillage radio local et satellite.
Et la commission signale que « les premières antennes secourues électriquement sont en cours d’acquisition ». Donc le réseau n’est pas complet à la date de l’avis. Ce point est important pour qui voudrait citer ce dispositif comme opérationnel.
Un élément est en revanche en service depuis janvier 2024 : une main courante numérique sécurisée, qui interconnecte en temps réel les postes de commandement de crise des communes et celui de la métropole. Ce n’est pas un réseau radio, c’est un outil de coordination, mais c’est la brique la plus avancée du dispositif.
Les seuls chiffres de performance disponibles
Puisque le cas niçois ne publie pas de performance, il faut chercher ailleurs ce qu’un réseau de crise doit atteindre.
Un livre blanc publié en avril 2025 par le gestionnaire du réseau de distribution électrique, avec un opérateur télécom, un équipementier et deux autres partenaires, chiffre ses exigences pour ses propres communications de crise.
Résilience de 48 heures. Fiabilité de 99,99 %. Débit de 600 kbit/s par cellule, 30 kbit/s par terminal. Latence de 200 millisecondes.
Pour les usages généraux, la cible de débit par cellule est de 1 à 8 Mbit/s. La communication de crise demande donc de 1,7 à 13 fois moins que l’usage courant.
Deux traductions utiles de ces valeurs.
La fiabilité de 99,99 % correspond à environ 53 minutes d’indisponibilité annuelle admissible. C’est un niveau d’exigence d’infrastructure critique, pas de service grand public.
Et le rapport entre les deux débits, 600 divisés par 30, donne 20 terminaux par cellule. Ce quotient dimensionne correctement la question : un maillage de crise ne se mesure pas en surface couverte, mais en nombre d’utilisateurs simultanés.
La réserve du gestionnaire électrique
Il faut citer la conclusion de ce livre blanc, parce qu’elle tempère l’enthousiasme.
Ses auteurs écrivent qu’« aucun service télécom sur étagère ne permet de répondre aux exigences posées ».
Autrement dit : l’acteur qui a formalisé le cahier des charges le plus précis d’un réseau de crise estime que rien de ce qui est commercialement disponible ne le satisfait.
C’est une réserve à connaître avant d’extrapoler d’un dispositif municipal de crise vers un usage de quartier. Les besoins ne sont pas les mêmes, mais les contraintes physiques, elles, le sont.
Le levier légal existant
La loi du 25 novembre 2021 a créé l’obligation de plan intercommunal de sauvegarde, codifiée à l’article L. 731-4 du code de la sécurité intérieure.
Ce plan est obligatoire pour tout établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dès lors qu’une commune membre est soumise au plan communal de sauvegarde. Et il impose un exercice au moins tous les cinq ans.
Un décret de juin 2022 précise le contenu du plan et l’analyse des risques à y intégrer.
Par ailleurs, l’article L. 732-2-1 du même code permet au préfet d’exiger des exploitants de réseaux un diagnostic de vulnérabilité et un programme d’investissements prioritaires.
Une précision sur une échéance qui circule : la commission écrit que la réalisation du plan intercommunal est une obligation légale « d’ici novembre 2026 ». Nous n’avons pas retrouvé cette date dans le texte de l’article L. 731-4. Nous la citons donc comme une affirmation de la commission, pas comme une date lue dans la loi.
Ce que personne ne publie
Aucun débit mesuré de maillage radio de voisinage en France. La seule caractérisation disponible est qualitative : la technologie est décrite comme ayant la capacité de transporter des flux de données importants à très haut débit. Cette formule n’est pas un chiffre, et la convertir en mégabits serait une invention.
Aucune portée radio mesurée. Ni la commission, ni le régulateur des télécommunications, ni le livre blanc du gestionnaire électrique ne donnent de distance entre deux nœuds d’un maillage. Toute valeur en mètres sur ce sujet est non sourcée.
Aucune autonomie effective. Les 48 heures sont une exigence. Aucun document ne publie combien de temps une bulle a réellement tenu lors d’un exercice, alors que quatre exercices en coupure totale ont été conduits.
Aucun coût unitaire. Le nombre de bulles est connu, leur prix, leur consommation et leur dimensionnement électrique ne le sont pas.
Enfin, une remarque sur la nature de notre source. L’encadré de la commission reprend les éléments transmis par la collectivité concernée. Nous n’avons trouvé aucune évaluation indépendante de ce dispositif, ni par un régulateur, ni par une juridiction financière.
C’est donc un dispositif réel, décrit par celui qui le porte. Sur un sujet où aucune autre source n’existe, cela reste le meilleur point d’appui disponible — à condition de dire d’où viennent les informations.
Questions fréquentes
Existe-t-il en France un maillage radio de voisinage qui fonctionne sans électricité du réseau ?
Un seul est documenté par une source publique : celui de la métropole niçoise, testé en 2022 sur cinq communes, puis en déploiement permanent depuis 2025 sur les 21 communes du périmètre de la tempête Alex. La commission indique que les premières antennes secourues électriquement étaient encore en cours d'acquisition à la date de son avis.
Quelle autonomie un tel réseau vise-t-il ?
Quarante-huit heures sans réseaux numériques ni électriques, soit la même cible que celle retenue par le gestionnaire du réseau électrique pour ses propres communications de crise. C'est un objectif de dimensionnement, pas une autonomie mesurée et publiée.
Ce dispositif a-t-il été testé en coupure réelle ?
Oui. Quatre exercices en 2023, deux scénarios de séisme et deux d'inondation, ont été réalisés avec coupure totale des réseaux numériques et électriques. Ils ont validé la diffusion d'images de drones et la visioconférence entre le terrain et le poste de commandement de crise.
Quel débit atteint un maillage radio de voisinage ?
Cette donnée n'est pas disponible. La seule caractérisation publiée est qualitative, la technologie étant décrite comme ayant la capacité de transporter des flux de données importants à très haut débit. Cette formule n'est pas un chiffre et nous ne la convertissons pas.
Quelle est la portée entre deux nœuds d'un maillage ?
Cette donnée n'est pas disponible. Ni la commission, ni le régulateur des télécommunications, ni le livre blanc du gestionnaire électrique ne publient de distance entre deux nœuds. Toute valeur en mètres relève de l'affirmation non sourcée.
Combien coûte une bulle de ce type ?
Cette donnée n'est pas disponible. Le nombre de bulles acquises en 2024 est connu, leur prix, leur consommation et leur dimensionnement électrique ne le sont pas.
Ce type de solution suffit-il pour un réseau critique ?
Le gestionnaire du réseau électrique juge que non pour son propre besoin. Son livre blanc conclut qu'aucun service de télécommunications disponible sur le marché ne permet de répondre aux exigences posées. C'est une réserve à connaître avant d'extrapoler d'un maillage de crise municipal vers un usage plus large.