Air et santé
Six taxons sur tous les pollens allergisants, et zéro seuil réglementaire
Six taxons, une prévision communale à trois jours, et aucun seuil réglementaire. Ce qui est disponible, et l'archive de comptages qui s'arrête en 2024.
Un indice pollen existe. Il est public, quotidien, communal. Il ne couvre que six espèces sur l’ensemble des pollens allergisants français, et il ne correspond à aucun seuil réglementaire.
Trois dispositifs différents cohabitent par ailleurs sous le mot pollen, ce qui produit une confusion régulière.
Voici l’état réel de l’information disponible, et l’endroit exact où la série de comptages s’interrompt.
Ce que l’indice couvre, et ce qu’il laisse dehors
Six taxons : ambroisie, armoise, aulne, bouleau, graminées, olivier.
L’indice est publié quotidiennement à treize heures, pour le jour même et les deux jours suivants, à l’échelle communale, sur la France métropolitaine et la Corse. L’échelle comporte six classes.
Le choix de ces six espèces n’est pas sanitaire, il est technique. L’éditeur l’explique : « Ces 6 espèces surveillées sont celles étudiées et transmises par le dispositif européen Copernicus, d’autres seront intégrées par la suite (ex : noisetier, cyprès). »
Le noisetier et le cyprès figurent parmi les premiers pollens de l’année, et ils ne sont pas couverts. Une personne allergique au cyprès ne trouve aucune information la concernant dans cet indice.
L’outre-mer n’est pas couvert non plus. La réponse de l’éditeur est franche : « Il s’agit d’une piste d’amélioration : à terme, l’intégration des outre-mer est prévue dans l’indice pollen. »
Comment le chiffre est fabriqué
C’est un point à comprendre avant d’utiliser cet indice, parce qu’il change sa nature.
L’éditeur décrit sa méthode : « En s’appuyant sur un historique de 8 ans de données météorologiques, de données de mesure des pollens, il est créé un modèle statistique par taxon basé sur des méthodes de machine learning ».
La spatialisation se fait par krigeage, à partir des données du programme européen d’observation de la Terre. L’indice du jour retenu pour une commune est le sous-indice le plus élevé parmi les six taxons.
Conséquence directe : les cartes de concentration en grains par mètre cube diffusées avec l’indice sont, selon la fiche du jeu de données, « le résultat de la modélisation des concentrations en pollens dans l’air ambiant par taxon ».
Ce n’est donc pas une mesure de capteur. La distinction est la même qu’entre une station de référence et un micro-capteur : elle ne disqualifie pas la donnée, mais elle interdit de la présenter comme un relevé.
Aucun seuil réglementaire, et il faut le dire clairement
Les pollens ne figurent pas parmi les polluants pour lesquels l’article R. 221-1 du code de l’environnement fixe des seuils.
Il n’existe donc ni seuil d’information, ni seuil d’alerte, ni valeur limite pour les pollens en France. Aucune valeur cible, aucune ligne directrice internationale chiffrée n’a été identifiée non plus.
Les six classes de l’indice sont une convention méthodologique de l’éditeur, inspirée des travaux publiés par une société savante européenne d’allergologie. L’éditeur précise qu’un pic pollen est déclenché quand l’indice atteint le niveau élevé.
Un indice extrêmement élevé ne correspond donc à aucun dépassement réglementaire, et ne déclenche aucune mesure de police administrative. C’est l’inverse exact de la logique des épisodes de pollution.
Des seuils de diffusion existent en revanche, sous forme de recommandation. Un avis du Haut Conseil de la santé publique du 28 avril 2016 préconise la diffusion de messages au grand public et aux professionnels de santé à partir d’un niveau de risque 2, correspondant à un risque faible, et la diffusion de recommandations aux personnes allergiques dès le début d’émission constaté par un pollinarium, ou à défaut au niveau 1.
Ce sont des recommandations d’expertise, sans portée contraignante.
Trois dispositifs qu’il ne faut pas confondre
L’indice pollen, calculé par apprentissage automatique et diffusé par la fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air.
L’indicateur de risque d’allergie d’exposition aux pollens, issu du réseau historique de surveillance. L’éditeur de l’indice écrit sans ambiguïté : « Ces deux indices sont différents. »
L’alerte des pollinariums sentinelles, enfin, qui repose sur une logique entièrement distincte : elle « se base sur l’observation des débuts et fin d’émission de pollens des plantes présentes dans un Pollinarium ». C’est de l’observation directe de plantes en jardin, pas de la modélisation.
Les trois peuvent donner des signaux différents le même jour, et aucun n’est faux.
Le cadre légal, et une vérification que nous n’avons pas pu faire
La surveillance des pollens a une base légale. L’article 46 de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 a modifié l’article L. 221-1 du code de l’environnement pour y inclure « la surveillance du pollen et moisissures dans l’air ambiant ».
Un arrêté du 5 août 2016 a désigné trois organismes coordonnateurs : le réseau national de surveillance aérobiologique, les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air lorsqu’elles participent à la surveillance, et l’association des pollinariums sentinelles.
Nous n’avons pas pu vérifier l’état en vigueur de cet arrêté à la date de publication de ce guide. Nous ne dirons donc pas quel organisme est aujourd’hui désigné, parce que nous ne le savons pas avec certitude.
Ce que nous pouvons rapporter, ce sont des constats techniques vérifiables. L’ancien nom de domaine public de diffusion des bulletins polliniques redirige désormais, par une redirection permanente, vers le site de la fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air. Et le site du réseau historique n’est plus joignable en connexion chiffrée, son certificat ayant expiré.
Nous nous arrêtons là. Le statut juridique de ce réseau ne nous est pas documenté par une source primaire, et nous n’écrirons rien à ce sujet.
L’archive, et sa coupure en 2024
Une archive publique existe, et elle est précieuse : les relevés de 1987 à 2024, par jour et par taxon, avec la localisation du capteur indiquée dans l’intitulé du fichier. Deux fichiers compressés principaux, de 69,4 et 58,1 mégaoctets, plus un fichier de documentation, sous licence ouverte.
Ce sont des comptages, issus de capteurs. Pas des modélisations.
D’où une rupture qu’il faut énoncer nettement. L’archive contient des comptages et s’arrête en 2024. L’indice actuel est une modélisation communale et ne fournit pas d’historique. Les deux séries ne sont pas raccordables.
Il n’existe donc, dans les données ouvertes que nous avons identifiées, aucune série continue de comptages polliniques français après 2024.
C’est la principale information de ce guide, et elle est négative.
L’état du réseau d’observation, tel qu’il a été audité
Une note d’appui scientifique et technique de l’agence sanitaire nationale, publiée en janvier 2022, décrit le dispositif.
En 2019, il comprenait 84 capteurs de pollen coordonnés par le réseau national, dont 10 spécifiques pour l’ambroisie, 15 jardins d’observation, 16 pollinariums sentinelles et 17 capteurs pour les spores de moisissures.
En 2021, neuf jardins d’observation seulement ont transmis des données hebdomadaires, et l’agence relève que les zones de montagne ne sont pas représentées. Les quatorze pollinariums de l’association partenaire sont situés « essentiellement à l’Ouest de la France ».
L’agence identifie plusieurs fragilités méthodologiques : observations hebdomadaires seulement, réalisées par des observateurs non rémunérés, variations interindividuelles pouvant atteindre plusieurs semaines dans la date de floraison du noisetier, et nombre d’inflorescences requis pour déclarer un début de floraison non fixé.
Une réserve sur la robustesse de cette description elle-même : l’enquête repose sur six questionnaires renvoyés sur neuf pour les jardins, et sur un seul questionnaire pour l’ensemble des pollinariums.
Les chiffres de prévalence, et pourquoi nous les encadrons
La même note rapporte que les pollinoses touchent « aujourd’hui en France 20 % des enfants âgés de plus de 9 ans et 30 % des adultes », que la prévalence des allergies respiratoires a été multipliée par trois en trente ans, que six millions de personnes sont asthmatiques, qu’une personne sur cinq touchée par une allergie respiratoire présente une forme sévère, et que le coût de la rhinite allergique est estimé à un milliard d’euros par an, celui de l’hospitalisation pour asthme à 0,9 milliard.
Nous citons ces chiffres avec leur éditeur et leur date, et nous signalons leur faiblesse : l’agence les présente en introduction de contexte, en les attribuant pour partie aux données des fédérations d’allergologues, sans référence bibliographique précise ni année de référence dans le passage consulté.
Nous ne les convertissons donc pas en effectifs de population, et nous ne les mettons pas en regard des estimations de mortalité attribuable à la pollution de l’air : les périmètres et les méthodes n’ont aucun rapport.
Par ailleurs, l’éditeur de l’indice écrit sur sa page qu’un Français sur trois souffre d’allergies aux pollens, sans aucune référence. Nous ne reprenons pas ce chiffre.
Ce que nous ne publions pas
Aucun score de justesse de l’indice. Interrogé sur la suffisance des comptages pour fiabiliser sa prévision, l’éditeur décrit son choix méthodologique sans publier d’indicateur de performance. Ni taux de bonne prévision, ni écart moyen.
Aucun seuil pour les moisissures. Le dispositif de 2019 comptait dix-sept capteurs de spores, et l’archive contient des comptages, mais aucun seuil sanitaire français n’a été identifié et l’indice ne couvre pas ce paramètre. Il n’est donc pas possible de dire si un comptage de spores est élevé.
Aucun allongement chiffré de la saison pollinique, aucune évolution en pourcentage des concentrations de pollen de bouleau. Ces affirmations circulent, aucune publication primaire française ne les chiffre. L’archive permettrait de les calculer, mais le résultat serait alors notre propre calcul, à publier avec sa méthode complète, sa station, son taxon et sa période.
Enfin, une remarque sur la qualité déclarée du jeu de données de l’indice. Sa fiche affiche une qualité de métadonnées de 78 %, avec deux mentions explicites : fréquence de mise à jour non respectée, et couverture temporelle non renseignée. C’est l’éditeur de la plateforme qui le signale, pas nous.
Questions fréquentes
Un indice pollen extrêmement élevé signifie-t-il un dépassement de seuil réglementaire ?
Non. Les pollens ne font l'objet d'aucune valeur limite ni d'aucun seuil d'information ou d'alerte en droit français. L'échelle à six classes est une convention méthodologique de l'éditeur, inspirée des travaux d'une société savante européenne d'allergologie.
L'indice pollen remplace-t-il l'indicateur de risque d'allergie du réseau historique ?
Non, et l'éditeur l'écrit explicitement : ces deux indices sont différents. L'indice pollen est calculé par apprentissage automatique à partir de comptages, de données météorologiques et d'une modélisation européenne, et il est diffusé pour le jour même et les deux jours suivants à l'échelle communale.
L'indice couvre-t-il l'outre-mer et tous les pollens allergisants ?
Non. Il couvre la France métropolitaine et la Corse, pour six taxons seulement. L'éditeur indique que l'intégration des outre-mer est prévue à terme, et que d'autres espèces comme le noisetier et le cyprès seront intégrées par la suite.
Peut-on suivre l'évolution de l'indice pollen sur plusieurs années ?
Non. Le jeu de données diffuse le jour même et les deux jours suivants, et aucun historique pluriannuel de l'indice n'a été identifié. Toute analyse de tendance sur cet indice est donc impossible en l'état.
Existe-t-il une série continue de comptages polliniques après 2024 ?
Cette donnée n'est pas disponible dans les jeux ouverts identifiés. L'archive de comptages s'arrête en 2024, et l'indice actuel est une modélisation communale : les deux séries ne sont pas raccordables.
Quelle est la précision de la prévision de l'indice ?
Cette donnée n'est pas disponible. L'éditeur décrit son choix méthodologique lorsqu'on l'interroge sur la suffisance des comptages, mais ne publie aucun indicateur de performance : ni taux de bonne prévision, ni écart moyen entre prévision et observation.
Un comptage de spores de moisissures est-il élevé ou non ?
Cette donnée n'est pas disponible. Aucun seuil sanitaire français pour les moisissures dans l'air n'a été identifié, aucune campagne nationale récente avec valeurs de référence opposables non plus, et l'indice pollen ne couvre pas les moisissures.
La saison pollinique s'est-elle allongée ?
Cette donnée n'est pas disponible sous forme de publication primaire française chiffrée. L'archive de comptages permettrait un tel calcul, mais le résultat serait alors notre propre calcul, à publier avec sa méthode complète, sa station, son taxon et sa période.