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Citilience

Eau

Le régime d'autorisation ne couvre pas les dispositifs individuels

Cinq minutes d'ébullition, 72 heures de conservation, et un vide réglementaire complet sur les dispositifs vendus aux particuliers. Ce que disent les textes.

Le code de la santé publique encadre strictement les produits et procédés de traitement de l’eau. Mais uniquement dans les installations de production, du captage au point de conformité.

Pour les dispositifs de potabilisation vendus aux particuliers, l’agence sanitaire est explicite : « Les dispositions de l’article R. 1321-50 du CSP ne s’appliquent pas à la mise sur le marché de ce type de produits. »

Il n’existe donc aucun référentiel de performance opposable pour un filtre, une paille filtrante ou un comprimé acheté en ligne. Ce n’est pas une lacune de documentation, c’est un fait documenté.

En revanche, ce que l’usager peut faire avec ce qu’il a déjà chez lui est, lui, précisément encadré.

La méthode de référence : cinq minutes de gros bouillons

L’agence sanitaire recommande en priorité de « porter l’eau à ébullition à gros bouillons maintenus pendant une durée de 5 minutes dans un récipient avec un couvercle ou dans une bouilloire ».

Le choix de cinq minutes est motivé : c’est « le meilleur compromis permettant de concilier une efficacité de désinfection et d’éviter une réduction trop importante du volume d’eau disponible après l’ébullition ».

Deux précisions comptent plus que la durée elle-même.

D’abord, l’altitude ne change rien. C’est contre-intuitif, et l’agence l’écrit noir sur blanc : il n’apparaît pas indispensable de majorer la durée selon l’altitude, la température de consigne restant supérieure à celles nécessaires. À 1 000 mètres, l’eau bout à 96,7 °C, à 2 000 mètres à 93,3 °C — largement au-dessus des seuils d’inactivation.

Ensuite, le matériel doit tenir la durée. Le texte précise que les fours à micro-ondes et les bouilloires électriques « ne peuvent être utilisés que s’ils permettent de respecter cette préconisation ». Une bouilloire qui se coupe dès le premier bouillon ne fait pas le travail.

Notons que les recommandations françaises divergent sur ce point : l’Institut Pasteur de Paris préconise cinq minutes, celui de Lille quinze. Nous retenons les cinq minutes parce que c’est la valeur portée par l’agence sanitaire nationale et reprise dans le guide de gestion de crise, en signalant l’écart.

Avant de traiter : clarifier, sans se rassurer

Les procédés de désinfection perdent en efficacité sur une eau turbide.

La marche à suivre est simple : laisser reposer pour faire sédimenter la matière organique, puis filtrer sommairement dans un linge propre ou des filtres à café, en veillant à ne pas remettre les dépôts en suspension.

Le guide accole immédiatement cette phrase, qu’il faut lire comme un avertissement : « Cette mesure ne peut suffire à elle seule à éliminer tout risque microbiologique. »

La clarification prépare la désinfection. Elle ne la remplace pas.

Le chlore, alternative d’extrême urgence

La désinfection au chlore à domicile n’est pas présentée comme une option équivalente. Le guide la réserve aux cas « d’extrême urgence », lorsque l’ébullition est techniquement impossible — en l’absence d’électricité, par exemple.

La raison est précise, et c’est le point technique le plus important de ce guide.

L’efficacité biocide des désinfectants chlorés est « très faible envers les oocystes de Cryptosporidium ». C’est pourquoi la toute première étape du mode opératoire officiel consiste à « confirmer l’absence de risque lié à Cryptosporidium ».

Or l’ébullition, elle, en vient à bout : la littérature citée par l’agence indique une inactivation des oocystes par une minute à 72 °C ou trois minutes à ébullition. Pour les kystes de Giardia, dix minutes à 70 °C.

Ébullition et chlore ne sont donc pas deux variantes du même geste. Ils ne couvrent pas les mêmes agents.

Trois autres limites affaiblissent le chlore. La matière organique ou minérale consomme le désinfectant, ce qui « peut réduire fortement voire annuler toute efficacité biocide » et former des trihalométhanes. Une eau d’apparence claire n’est pas à l’abri : elle « peut contenir des matières dissoutes réactives avec le chlore ». Et l’efficacité dépend du pH et de la température, à durée de contact identique.

Le produit, et le dosage qu’on ne publiera pas

Si le chlore est la seule option, le produit est spécifié : eau de Javel titrée à 2,6 % de chlore actif, soit environ 27 g de chlore par litre, prête à l’emploi. Les autres dilutions doivent être utilisées dans les 24 heures.

Les concentrés à 9,6 %, soit environ 108 à 111 g par litre, sont destinés à être dilués.

La conservation a ses règles : trois ans pour l’eau de Javel à 2,6 %, à l’obscurité et sous 25 °C, afin de limiter la décomposition des ions hypochlorite en chlorate et chlorure.

Deux avertissements d’achat, que l’agence formule explicitement. Certaines eaux de Javel contiennent des additifs parfumés destinés à des usages non alimentaires. Et certains concentrés « peuvent contenir des concentrations significatives d’ions bromate ».

Reste la question du dosage. Le guide publie un tableau de correspondance, précédé de la mention « à titre d’information » : pour un volume moyen de 0,05 mL par goutte, une goutte par litre apporte 1,35 mg/L de chlore total, deux gouttes 2,69, et ainsi jusqu’à huit gouttes pour 10,76 mg/L. Vingt gouttes font un millilitre.

Mais le guide ne fixe aucune dose recommandée. Il prescrit d’« établir une dose / un temps de contact à appliquer selon la qualité de l’eau », c’est-à-dire de renvoyer la décision à l’autorité sanitaire locale.

Et un plan départemental de 2013, cité par l’agence, retient une goutte pour 1,5 litre avec 30 minutes d’attente — là où le tableau raisonne par litre.

Nous ne publierons donc aucune consigne en gouttes. En situation réelle, la seule dose valable est celle communiquée par l’agence régionale de santé et la préfecture, parce qu’elle tient compte de la qualité de l’eau distribuée localement.

Ce que l’eau bouillie permet ensuite

Le guide donne une liste fermée de dix usages pour l’eau désinfectée par ébullition et refroidie : la boisson, la préparation de boissons et de glaçons, les aliments pour nourrissons, la préparation d’aliments et notamment ceux qui ne sont pas cuits, le nettoyage des fruits et légumes consommés crus, l’hygiène corporelle du nourrisson, l’hygiène dentaire et le rinçage de la bouche, la préparation de médicaments et le trempage des prothèses dentaires, le rinçage de la vaisselle, et le nettoyage des surfaces de préparation d’aliments crus.

Une précaution accompagne le transvasement : récipient propre et fermé, nettoyé et rincé à l’eau bouillante au préalable — « ce qui est incompatible avec les matériaux ne résistant pas à la chaleur comme les plastiques ».

La conservation est limitée à 72 heures, de préférence au réfrigérateur.

Ce que personne ne publie

Les 72 heures méritent une mention particulière, parce que l’agence est d’une honnêteté rare sur ce point. Elle écrit : durée « recommandée de 72 h maximum, durée définie en l’absence de données scientifiques ».

C’est un seuil de précaution, pas un résultat expérimental. Le citer sans cette réserve serait lui donner une autorité qu’il n’a pas.

Deuxième trou documentaire, plus gênant : personne ne sait si ces gestes sont correctement réalisés. Le groupe de travail écrit ne disposer « ni de données ni de retours d’expérience permettant d’attester de la bonne mise en œuvre de la désinfection chimique de l’eau du robinet par les usagers ». Le guide ajoute que « la réalisation d’une bonne désinfection sans entraîner de conséquence en termes de sécurité est peu évidente ».

Le texte va jusqu’à intégrer cette incertitude dans la décision de crise, sous forme de question à se poser avant de diffuser une consigne : « Existe-t-il, parmi les usagers, des catégories de personnes susceptibles de mal interpréter les consignes données ? »

Troisième point, le plus important à retenir : aucune méthode domestique ne traite un risque chimique ou radiologique. Le guide conditionne d’ailleurs toute consigne de désinfection à domicile à ce que « la conformité en matière de risques chimiques et radiologiques soit garantie ».

L’ébullition, en réduisant le volume, concentre même les polluants non volatils. Contre une pollution chimique, faire bouillir aggrave la situation.

Enfin, un point de fraîcheur. L’état du droit européen sur les principes actifs des comprimés de potabilisation date de 2014 et 2015 dans nos sources : le chlorure d’argent non approuvé pour les désinfectants d’eau de boisson, l’évaluation du dichloroisocyanurate de sodium et de la chloramine T alors en cours. Nous n’avons pas réactualisé cet état, et il ne doit donc pas être lu comme le droit applicable aujourd’hui.

Questions fréquentes

Faut-il faire bouillir plus longtemps en altitude ?

Non. L'agence sanitaire écrit qu'il n'apparaît pas indispensable de majorer la durée selon l'altitude, la température de consigne retenue restant supérieure à celles permettant l'inactivation des micro-organismes. À 2 000 mètres, l'eau bout encore à 93,3 °C.

Pourquoi cinq minutes, alors qu'on lit parfois quinze ?

Parce que les recommandations françaises divergent, et l'agence le signale : l'Institut Pasteur de Paris préconise 5 minutes, celui de Lille 15 minutes. Les 5 minutes sont présentées comme le meilleur compromis entre efficacité de désinfection et perte de volume par évaporation.

L'eau de Javel est-elle équivalente à l'ébullition ?

Non, et l'écart porte précisément sur un parasite. L'efficacité des désinfectants chlorés est très faible envers les oocystes de Cryptosporidium, alors que la littérature citée indique leur inactivation par 3 minutes d'ébullition. Le chlore n'est présenté que comme une alternative d'extrême urgence.

Une eau claire est-elle plus facile à désinfecter au chlore ?

Pas nécessairement. L'agence précise qu'une eau jugée transparente ou claire peut contenir des matières dissoutes réactives avec le chlore, qui consomment le désinfectant et forment des sous-produits. La limpidité n'est pas un indicateur fiable.

L'ébullition règle-t-elle une pollution chimique ?

Non, et elle peut aggraver la situation. Aucune méthode domestique ne traite un risque chimique ou radiologique, et l'ébullition concentre les polluants non volatils en réduisant le volume d'eau. C'est pourquoi la garantie de conformité chimique est une condition préalable dans le texte officiel.

Les comprimés de potabilisation pour voyageurs sont-ils autorisés ?

L'agence sanitaire ne recommande ni l'hypochlorite de calcium ni ces comprimés. Elle relève que plusieurs de leurs principes actifs ne sont pas autorisés pour le traitement de l'eau dans les filières de production d'eau destinée à la consommation humaine, et que les propriétés alléguées relèvent de la responsabilité de celui qui les met sur le marché.

Existe-t-il une norme de performance pour les dispositifs de potabilisation vendus aux particuliers ?

Non, et c'est le fait le plus important de ce guide. Le régime d'autorisation des produits et procédés de traitement ne s'applique qu'aux installations de production, du captage au point de conformité. Il ne couvre pas la mise sur le marché de dispositifs individuels.

Sait-on si les usagers réalisent correctement ces opérations ?

Non. Le groupe de travail écrit ne pas disposer de données ni de retours d'expérience permettant d'attester de la bonne mise en œuvre de la désinfection chimique par les usagers, et le guide ORSEC ajoute que réaliser une bonne désinfection sans conséquence sur la sécurité est peu évident.

Sources

  1. Note d'appui scientifique et technique relative à la désinfection de l'eau à domicile, saisine n° 2014-SA-0053ANSES, 5 mai 2015 — consulté le
  2. Guide ORSEC départemental, disposition spécifique Eau potable, annexe 6ministères de l'Intérieur et de la Santé, 19 juin 2017 — consulté le