Aller au contenu
Citilience

Air et santé

Le zonage dit une probabilité, le dosimètre dit une concentration

Le zonage communal donne une probabilité, pas une concentration. Ce que disent les mesures, le protocole qui rend un résultat comparable, et son incertitude.

Trente-six logements de la campagne nationale dépassent le niveau de référence du radon.

Vingt-six sont dans des communes classées en potentiel significatif. Neuf sont dans des communes classées au potentiel le plus faible.

Un quart des cas se trouve donc là où la carte annonçait le moins de risque.

Ce seul chiffre résume tout le sujet : le zonage communal dit une probabilité, le dosimètre dit une concentration. Les deux ne se remplacent pas.

Ce que le zonage classe vraiment

Le territoire est divisé en trois catégories de potentiel radon, en application du code de la santé publique et d’un arrêté de 2018.

Plus des trois quarts des communes sont en catégorie 1, la plus faible. Un peu plus de 19 % en catégorie 3, le potentiel significatif. Moins de 6 % en catégorie 2, définie par des facteurs géologiques particuliers facilitant le transfert.

Ce classement repose sur la géologie du sous-sol, et le potentiel de 36 093 communes a été mis à disposition en mai 2019.

Côté population, 12,2 millions d’habitants vivent en zone 3, soit 18 % de la population, répartis dans 72 départements.

Le zonage fonctionne, mais statistiquement

Les mesures confirment que le classement a du sens. La part de logements au-dessus de 300 Bq/m³ passe de 3,1 % en catégorie 1 et 3,3 % en catégorie 2 à 24,5 % en catégorie 3.

Les médianes suivent : 35 Bq/m³, 47 Bq/m³ et 87,5 Bq/m³.

Un facteur huit sur le taux de dépassement, entre la catégorie la plus faible et la plus élevée. Le zonage est donc un bon indicateur de probabilité.

Mais deux précautions s’imposent, et les auteurs de l’étude les écrivent eux-mêmes.

La première est de méthode : « les résultats observés à l’échelle de l’échantillon de 427 logements ne sauraient rendre compte de la distribution des niveaux de radon au sein de chacune des zones ». Ces taux ne sont pas extrapolables à tous les logements d’une zone.

La seconde concerne la catégorie 2, où le taux de 3,3 % repose sur trente logements seulement. L’intervalle de confiance de la moyenne géométrique y va de 13,9 à 156 Bq/m³ : un écart d’un facteur onze, qui interdit de traiter ce chiffre comme une valeur stable.

Ce que la mesure a trouvé dans le parc

La médiane du parc est de 40 Bq/m³. Le radon est détecté dans 71,4 % des logements.

La distribution monte ensuite rapidement : 80 Bq/m³ au troisième quartile, 204 Bq/m³ au neuvième décile, et un maximum de 1 775 Bq/m³ dans l’échantillon.

Deux paliers structurent la lecture de ces chiffres.

Le niveau de référence de 300 Bq/m³, en moyenne annuelle, dépassé dans 7,6 % du parc. Sa définition légale mérite d’être citée telle quelle : c’est un niveau « au-dessus duquel il est jugé inapproprié de permettre l’exposition des personnes, même s’il ne s’agit pas d’une limite ne pouvant pas être dépassée ».

Le niveau d’intervention renforcée de 1 000 Bq/m³, au-delà duquel un diagnostic du bâtiment par un professionnel est préconisé. Neuf logements sur 427, soit 0,74 % du parc, sont concernés.

Le protocole conditionne la validité du résultat

Mesurer le radon coûte peu : de l’ordre de vingt-cinq à trente euros le dosimètre, analyse incluse. C’est la seule mesure d’air intérieur accessible à ce prix.

Mais le résultat ne vaut que si le protocole est respecté.

Deux dosimètres au minimum, à placer de préférence dans le séjour et dans une chambre. Dans les pièces de vie aux niveaux les plus bas occupés.

Au moins deux mois de pose, entre le 15 septembre et le 30 avril.

Cette fenêtre n’est pas une recommandation de confort. L’autorité de radioprotection écrit que seul un résultat obtenu dans ces conditions permet une estimation de la valeur moyenne annuelle, et donc une comparaison au niveau de référence.

Une mesure estivale, ou de trois semaines, produit un chiffre. Elle ne produit pas un chiffre comparable aux 300 Bq/m³.

Une valeur de 300 n’est pas une valeur de 300

Point rarement dit, et pourtant décisif pour interpréter son propre résultat.

Le laboratoire qui a analysé les dosimètres de la campagne annonce une incertitude élargie de 52 Bq/m³ pour un niveau de 304 Bq/m³. Soit environ 17 % en relatif.

Aux niveaux plus élevés, le rapport reste stable : 106 Bq/m³ d’incertitude à 647 Bq/m³, et 263 Bq/m³ à 1 614 Bq/m³, soit environ 16,3 %.

Conséquence pratique : un résultat de 290 et un résultat de 320 ne sont pas distinguables. Traiter le niveau de référence comme une frontière nette, d’un côté rassurant et de l’autre inquiétant, est une erreur de lecture.

Les obligations, et à qui elles s’appliquent

Pour un logement privé, aucune obligation de mesure, et aucune obligation de travaux même au-delà du niveau de référence.

L’obligation de mesurage porte sur certaines catégories d’établissements recevant du public situés en zone 3, avec une périodicité décennale. Une dispense existe si deux campagnes successives donnent des résultats tous inférieurs à 100 Bq/m³.

À la vente ou à la location en zone 3, le code de l’environnement impose en revanche d’informer l’acquéreur ou le locataire du risque, via un état des risques.

Et depuis le 1er juillet 2018, le risque radon est intégré à la démarche de prévention des risques professionnels.

Ce que personne ne publie

Le chiffre le plus cité sur le radon est aussi le moins documenté. L’autorité de radioprotection avance environ 3 000 cancers du poumon attribuables au radon par an en France, deuxième cause derrière le tabagisme.

Nous le citons, parce qu’il est publié par l’organisme compétent. Mais avec cette réserve : la publication d’origine, la méthode de calcul et l’année de référence ne sont pas précisées par la source consultée.

Ce chiffre ne doit surtout pas être additionné ni comparé aux estimations de mortalité attribuable à la pollution de l’air extérieur. Polluant, périmètre, méthode et année de référence sont entièrement différents.

Trois autres limites méritent d’être dites.

Les données manquantes de la campagne sont massives sur ce volet : la mesure n’a pu se faire ou a été invalidée dans 144 logements, soit un défaut de représentation de près de 9 millions sur les 30 millions de résidences principales.

Le périmètre est la France métropolitaine continentale. La Corse et l’outre-mer ne sont pas couverts, alors que le zonage y classe des communes en catégorie 3.

Enfin, l’historique détaillé des mesures par zone existe — les auteurs renvoient explicitement à l’organisme qui en dispose — mais il n’est pas accessible comme jeu de données ouvert. On ne peut donc pas affiner le zonage par soi-même.

Questions fréquentes

Ma commune est en zone 3 : mon logement est-il dangereux ?

Non. Le zonage indique une probabilité géologique, pas une concentration. L'autorité de radioprotection l'écrit : le potentiel radon fournit un niveau de risque relatif à l'échelle d'une commune et ne présage en rien des concentrations présentes dans votre habitation.

Une commune classée en potentiel faible met-elle à l'abri ?

Non, et c'est le résultat le plus utile de la campagne nationale. Sur les 36 logements dépassant le niveau de référence, 9 se trouvent dans des communes de catégorie 1, la plus faible. Le zonage réduit la probabilité, il ne l'annule pas.

Suis-je obligé de mesurer, ou de faire des travaux au-delà de 300 Bq/m³ ?

Non. Le mesurage obligatoire ne concerne que certaines catégories d'établissements recevant du public en zone 3. Pour un logement, les 300 Bq/m³ sont un niveau de référence au-delà duquel des actions sont recommandées, pas une limite opposable.

Combien de temps faut-il laisser un dosimètre en place ?

Au moins deux mois, entre le 15 septembre et le 30 avril, dans les pièces de vie aux niveaux les plus bas occupés. Seul un résultat obtenu dans ces conditions permet une estimation de la moyenne annuelle comparable au niveau de référence.

Le vendeur ou le bailleur doit-il m'informer du risque radon ?

Oui en zone 3. Le code de l'environnement impose d'informer l'acquéreur ou le locataire du risque radon, via un état des risques.

Les taux de dépassement par zone sont-ils applicables à ma zone ?

Non, et les auteurs de l'étude l'écrivent explicitement : les résultats observés sur l'échantillon de 427 logements ne rendent pas compte de la distribution au sein de chacune des zones, et ne sont pas extrapolables à tous les logements qui y sont situés.

Sources

  1. CNL2, état de la qualité de l'air dans les logements, volet radonObservatoire de la qualité des environnements intérieurs, CSTB et ANSES, analyses IRSN — consulté le — licence non vérifiée
  2. Le radon et la population, dossier pédagogique réglementaireAutorité de sûreté nucléaire et de radioprotection — consulté le
  3. Dossier thématique radon, cadre réglementaire et obligations d'informationGéorisques, ministère de la Transition écologique — consulté le
  4. Connaître le potentiel radon de ma commune, jeu de donnéesAutorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, via data.gouv.fr — consulté le
  5. CartoRadon, cartographie interactive du potentiel radonAutorité de sûreté nucléaire et de radioprotection — consulté le
  6. Connaître le potentiel radon de ma commune, page d'explicationAutorité de sûreté nucléaire et de radioprotection — consulté le