Air et santé
38 % de conformité, et deux tiers du parc non calculables
Pour la première fois, une campagne nationale mesure les débits extraits du parc de logements. Le point de comparaison pour faire mesurer sa propre VMC.
Une campagne nationale a mesuré les débits de ventilation dans des logements français occupés, entre 2020 et 2023. Les résultats ont été publiés en juin 2026.
Le chiffre qu’on retient d’abord : 38 % des débits totaux sont jugés conformes.
Le chiffre qu’il faut retenir vraiment : 10 % des logements présentent l’ensemble de leurs mesures conformes. Donc 90 % ont au moins une mesure hors cible.
Voici comment lire ces résultats, et comment s’en servir pour interpréter une mesure faite chez soi.
Ce que dit la médiane
À l’échelle du logement, le débit d’air extrait total minimal est de 78 m³/h en valeur médiane.
Ce nombre ne veut rien dire tant qu’on ne le confronte pas à l’exigence. Or l’exigence dépend du nombre de pièces principales : 35 m³/h pour une pièce, puis 60, 75, 90, 105, 120 et 135 m³/h jusqu’à sept pièces.
Les 78 m³/h médians dépassent donc de 3 m³/h l’exigence d’un logement de trois pièces principales.
Ce qui situe la médiane du parc au niveau de l’exigence d’un T3 — alors que le parc comporte aussi des T4, des T5 et davantage, dont les exigences sont de 90, 105 m³/h et plus.
Ce calcul n’est pas un taux de conformité, et nous le présentons comme un repère. Le taux publié, 38 %, est calculé logement par logement selon son nombre réel de pièces, ce qui est la seule méthode valable.
Où la conformité s’effondre
Par pièce de service, les débits de base médians aux bouches autoréglables sont de 38 m³/h en cuisine, 16 m³/h en salle de bains et 13 m³/h aux toilettes.
Les taux de conformité associés : près d’un logement sur deux en cuisine, 29 % en salle de bains, 36 % aux toilettes.
Mais le résultat le plus frappant concerne le débit de pointe en cuisine, celui qu’on déclenche en cuisinant. L’observatoire écrit : « Dans les cuisines, le débit de pointe se situe à 46 m3/h en valeur médiane et n’est conforme que dans 11 % des cas. »
Onze pour cent.
Et l’écart entre le débit de base et le débit de pointe n’est que de 8 m³/h en médiane. Autrement dit, dans la plupart des logements, actionner la position forte de la cuisine ne change presque rien.
C’est une information directement actionnable : si vous faites mesurer votre ventilation, demandez explicitement le débit de pointe en cuisine. Une mesure qui s’arrête au débit de base passe à côté de l’anomalie la plus fréquente.
Les débits nuls
De 15 à 17 % des mesures réalisées donnent un débit nul.
L’observatoire l’interprète sans détour : ces valeurs témoignent d’un dysfonctionnement du système de ventilation.
Ce n’est pas une question de réglage insuffisant, c’est un système à l’arrêt. Une bouche sur six ou sept ne tire rien du tout.
Avant de conclure à une panne de moteur, une inspection matérielle est utile. Sur 1 410 bouches recensées dans 3 637 pièces de 380 logements, près de 16 % étaient encrassées et 3 % obturées ou masquées. Et un peu plus de 2 % des 5 488 pièces inspectées présentaient une entrée d’air obturée ou masquée.
Une partie du problème a donc une cause triviale et un remède immédiat.
Quinze ans pour rien
Voici la conclusion la plus dure du rapport, et elle tient en une phrase : « Par rapport à la CNL1, les débits d’air extraits et leur conformité n’ont pas évolué de manière significative. »
Pourtant l’équipement a changé. La part de logements équipés d’une ventilation mécanique a progressé de 18 points entre les deux campagnes, et atteint près d’un logement sur deux. La ventilation naturelle a reculé de 19 points, à moins d’un logement sur quatre.
Mais 15 % des logements restent sans aucun système spécifique de ventilation.
Donc : plus de systèmes installés, même performance mesurée. L’installation d’un équipement ne produit pas mécaniquement un renouvellement d’air.
La réserve qui limite la portée du taux de 38 %
Il faut dire ceci clairement, parce que le rapport le dit.
Les débits ne sont réglementés que pour les logements construits à partir de 1982. L’observatoire écrit : « Du fait que les débits n’étaient pas réglementés pour les logements construits avant 1982, la notion de conformité des débits est toute relative », et « La conformité réglementaire ne peut être évaluée que pour les logements construits après 1982. »
Or la structure de l’échantillon est la suivante : près de 34 % des logements construits avant 1967, 29 % entre 1967 et 1982, 37 % après 1982.
Soit 63 % du parc étudié pour lequel aucune valeur réglementaire n’existe.
Pour les logements construits entre 1969 et 1982, l’observatoire utilise comme référence les valeurs d’un cahier technique de 1971 : 75, 105, 75, 120, 150, 180 et 210 m³/h. Ce sont des valeurs indicatives, pas du droit.
Le taux de 38 % mélange donc deux populations : des logements comparés à une exigence opposable, et des logements comparés à une référence indicative. Il reste utile comme état des lieux du parc, il ne peut pas être présenté comme un taux d’infraction.
La convention de mesure, qui importe plus qu’on ne croit
L’observatoire ne compare pas le débit mesuré au débit de référence à l’égalité stricte. Il abaisse le seuil à un ratio de 0,85, pour tenir compte d’une incertitude de mesure estimée à 15 %.
Autrement dit, un logement est déclaré conforme s’il atteint 85 % de son débit de référence.
Cela signifie deux choses. D’abord, le taux de 38 % est déjà obtenu avec une tolérance ; à l’égalité stricte, il serait plus bas. Ensuite, si vous faites réaliser une mesure, la conclusion du prestataire dépend de la convention qu’il applique. Deux mesures identiques peuvent donner deux verdicts opposés selon le seuil retenu.
Une remarque du même ordre sur les bouches hygroréglables : leur conformité varie de 41 % en cuisine à 21 % aux toilettes, par rapport à une plage de fonctionnement de 70 à 160 pascals. Cette plage est une convention retenue par l’observatoire, pas un seuil réglementaire. Il ne faut pas écrire que la réglementation impose 70 à 160 pascals.
Un chiffre sur les comportements
Le rapport relève que les fenêtres sont rarement ou jamais ouvertes la nuit dans 87 % des cas en période de chauffe, contre 15 % hors période de chauffe.
Ce qui signifie que pendant la saison de chauffe, l’aération nocturne par ouverture ne compense pas une ventilation mécanique défaillante. Les deux problèmes se cumulent à la période où le logement est le plus fermé.
Ce que personne ne publie
Le taux de renouvellement d’air du parc français n’est pas disponible. L’observatoire indique qu’une exploitation des données est en cours pour calculer le débit de renouvellement d’air nocturne et le taux hebdomadaire moyen, et que les résultats feront l’objet d’un document dédié. À ce jour, ce chiffre n’existe pas.
Le nombre de logements en sous-ventilation n’est pas publié non plus. L’observatoire écrit que des exploitations sont à l’étude pour mieux caractériser les foyers en sous-ventilation ou en sur-ventilation, ainsi que ceux dont le système est dysfonctionnel.
Le lien entre ventilation et concentrations de polluants n’est pas établi dans les publications actuelles. L’observatoire annonce que les indicateurs de ventilation seront mis en regard des concentrations mesurées à l’intérieur pour évaluer leur influence. Tant que ce croisement n’est pas publié, écrire qu’une ventilation non conforme entraîne telle concentration de polluant serait une extrapolation.
Un observatoire national de la ventilation a été créé en 2023, suite à l’entrée en application de la nouvelle réglementation environnementale, et recense plus de 25 000 contrôles à fin août 2025. Mais il « permettra à terme de fournir des statistiques » : aucun taux de conformité n’en est issu aujourd’hui.
Enfin, trois ordres de grandeur circulent sur ce sujet sans source primaire que nous ayons trouvée : la consommation annuelle d’une ventilation mécanique, le coût de son nettoyage, et la part de systèmes jamais entretenus. Nous ne les publions pas.
Une dernière précision sur nos sources. Les valeurs de débit de l’arrêté de 1982 ont été relevées dans une version consolidée hébergée par un tiers, le site officiel renvoyant une erreur aux requêtes automatisées. Les valeurs par pièce de service de l’article 3 mériteraient un contrôle direct sur le site officiel avant d’être utilisées dans un cadre contentieux.
Questions fréquentes
Quel débit ma ventilation doit-elle atteindre ?
Cela dépend du nombre de pièces principales et de l'année de construction. L'arrêté du 24 mars 1982 fixe un débit total minimal de 35 à 135 m³/h pour 1 à 7 pièces principales, et ne s'applique rigoureusement qu'aux logements construits à partir de 1982. Pour les logements construits entre 1969 et 1982, l'observatoire rappelle qu'il n'y a pas de valeurs réglementaires.
Une ventilation non conforme est-elle illégale ?
La question ne se pose que pour une partie du parc. L'observatoire écrit que la conformité réglementaire ne peut être évaluée que pour les logements construits après 1982, et que pour les autres la conformité des débits n'est qu'indicative.
Le taux de 38 % de conformité est-il un taux réglementaire ?
Pas entièrement, et c'est une réserve importante. Près de 63 % de l'échantillon est construit avant 1982. Le taux mélange donc des logements soumis à une exigence réglementaire et des logements comparés à des valeurs de référence indicatives issues d'un cahier technique de 1971.
Mes résultats de mesure sont-ils comparables à ceux de l'étude ?
Seulement si le protocole est proche. L'observatoire mesure le débit aux bouches avec une incertitude estimée à 15 %, et abaisse son seuil de conformité à un ratio de 0,85 au lieu de 1 pour en tenir compte. Une mesure ponctuelle par un prestataire n'est pas nécessairement réalisée dans les mêmes conditions.
L'équipement du parc s'est-il amélioré ?
L'équipement oui, la performance non. La part de logements équipés d'une ventilation mécanique a progressé de 18 points depuis la campagne précédente, mais l'observatoire écrit que les débits d'air extraits et leur conformité n'ont pas évolué de manière significative.
Une ventilation non conforme dégrade-t-elle la qualité de l'air de mon logement ?
Ce lien n'est pas encore publié. L'observatoire indique que les indicateurs de ventilation seront mis en regard des concentrations de polluants mesurés à l'intérieur pour évaluer leur influence. Ce croisement n'étant pas disponible, nous ne l'affirmons pas.
Combien de logements sont en sous-ventilation en France ?
Cette donnée n'est pas disponible. L'observatoire précise que des exploitations sont à l'étude pour mieux caractériser les foyers en sous-ventilation ou en sur-ventilation, ainsi que ceux dont le système est dysfonctionnel. Le taux de renouvellement d'air du parc n'est pas publié non plus.